Wanda Roll

Un article de Science Officielle.

Wanda Roll, étudiante en droit interplanétaire. On pourrait penser qu'une mission destinée à balancer des déchets radioactifs dans l'espace se doterait au moins d'un professeur en droit interplanétaire, mais en fait c'est pas grave, elle sert juste à baiser. Elle ne fait même pas le café ni les photocopies.

Elle était très jeune. Vingt ans à peine, semblait-il. D’ailleurs, elle devait en annoncer dix-neuf. De beaux yeux gris-vert. Une chevelure un peu fauve, coupée très court. Un corps svelte, mais sans mollesse, correspondant vraisemblablement à son caractère.
Et elle s’annonça :
– Wanda Roll…, étudiante en droit interplanétaire…


C’était au tour de Wanda Roll.
Elle non plus ne dormait pas. Elle aussi était comme une femme à l’aise, chez elle. Nue, dans l’air climatisé, elle offrait son corps mince, souple, ses seins menus et son ventre plat, avec sa belle tête un peu garçonnière. Du moins était-ce l’impression causée pas la coupe stricte de ses cheveux fauves.
Coqdor admirait. Muscat siffla légèrement, ce qui fit tressaillir Râx et causa les récriminations (d’ailleurs plaisantes) de Corinne.


Ils sourirent à Wanda. Dans les beaux yeux de la jeune fille, ces deux grands psychologues qu’étaient les bourlingueurs de l’espace découvraient une flamme ardente, une bonté immense, une compassion profonde.


Il se rendit compte, après vingt secondes, de son indiscrétion. Mais c’était tellement beau, tellement simple, une telle image de bonheur, qu’il en demeurait attendri profondément…
[…]
Elle était nue, et lui aussi. Ils mettaient à profit cette nuit de la planète inconnue, cette nuit unique, peut-être leur dernière nuit dans l’univers, pour se donner l’un à l’autre, pour s’abondonner à l’étreinte, pour vivre, malgré la situation insensée, malgré lamenace de mort invraisemblable qui couvait sur eux, sur tous les Terriens qui vaient pris place à bord de l’astronef nommé Péril.
[…]
Mais là, dans ce décor de pierres richissimes, sous cette lumière sans égale, elle prenait les allures de quelque idole de joie païenne, demeurant cependant délicate et non provoquante, presque chaste – malgré les gestes audacieux de Myrno qui enlaçait passionément les jambes de celle qui était, inéluctablement pour lui, la femme unique dans le cosmos.


Nus, sanglants, tremblants, mais encore éperdus d’amour, se cramponnant malgré tout l’un à l’autre, férus de l’idée que s’il fallait périr du moins ne voulaient-ils pas se quitter, les amants de la planète incroyable se jetaient sur la vaste poitrine du chevalier Coqdor.
– Chevalier ! … Au secours !…
– Chevalier !… Nous étions si heureux !… Nous avons retrouvé la vie !…
– Nous voulons vivre !…
Il les attira contre lui, d’instinct, cherchant lui aussi à les protéger, à sauver ce couple ardent, régénéré, cette vie, cette vie qui, peut-être, palpitait déjà mystérieusement dans le sein de Wanda fécondée.


Wanda, toujours nue et grelottante, serrée contre Myrno laquel continuait, avec un élan puéril, à rechercher la puissante carrure du chevalier, s’écria, on ne savait si c’était avec terreur ou émerveillement :
– Des arcs-en-ciel !…
C’était vrai.

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