Planète minérale

Un article de Science Officielle.

D’immenses étendues d’un beau gris fer étincelant, des vastitudes marmoréennes, des horizons couleur de sang évoquant les basaltes et les prophyres, des montagnes aux tons azurés qui semblaient de turquoise, voilà ce qu’ils découvraient.


Pourtant, à plusieurs reprises, ils furent attirés par l’aspect insolite de la surface planétaire, soit dans les plaines, soit sur les monts.
Tout d’abord, on y décelait des étendues aux coloris extrêmement variés et brillants, du noir de jais aux blondeurs sombres de la topaze, du panaché heureux du lapis-lazulis aux transparences du béryl.
Et cela s’étendait sur des miles et des miles et, tout à coup, on distinguait comme une rupture, comme si la nature du terrain changeait brusquement, ou comme si elle avait été stoppée on ne savait par quelle force.
Parfois, c’était mieux encore, quoique plus rare, de véritables monts se dressaient, des ravins se creusaient, des corniches s’élançaient audacieusement, faits, les uns et les autres, d’un ou de plusieurs minerais, mais alors éclatant d’émeraude ou de rubis, de diamant ou de saphir.
&ndash ; Impossible, répétait Muscat. Ce sont des minerais que nous ignorons qui ont cet aspect. On ne pourrait admettre une planète ainsi fabriquée de pierres précieuses ou fines…
&ndash ; Et pourquoi pas ? ripostait Coqdor. Tout est possible, Robin, même et surtout l’impossible.


Ils voyaient, au-dessous d’eux, une zone où les masses rocheuses, les unes d’un beau vert éclatant, les autres d’un gris accusé, se choquaient dans une apparence de silence et d’immobiblité qui était peut-être toute relative.
Ils avaient déjà observé ce phénomène, mais là, ils voyaient assez nettement, de part et d’autre, des traces d’un blanc sale, qui pénétraient à la fois la zone smaragdine et la zone plombifère.


Pendant ce temps, Coqdor avançait toujours en son étrange équipage.
Il vit des gouffres de métal étincelant, des monts d’une pourpre éclatante qui était peut-être composée de ce cristal d’alumine qui est la base du rubis. Il franchit des ponts naturels d’une pierre quasi transparente évoquant les quartz et les carbones qui donnent naissance aux plus riches fantaisies de la nature, de l’améthyste et du cristal de roche aux diamants.
Falaises de turquoise, pics de tourmaline, plaines de marbre, collines de jais, rocs de grenat et d’ambre, avalanches de lapis-lazuli, tout cela gardait, dans sa splendeur, un caractère tourmenté, accentué par places d’un étrange phénomène, que le chevalier remarqua à plusieurs reprises.
Brusquement, en certains endroits, par flaques, ces minéraux qui représentaient un trésor ignoré dans la Galaxie laissaient le champ à des étendues blafardes, vulgaires, comme si, là, il n’y avait plus que du calcaire banal, du silex grossier, rien qu’une matière sans éclat, sans valeur.


Ils se trouvaient dans une sorte de plaine au sol d’un minerai clair veiné de bleu et de noir, que les lunes faisaient briller curieusement. Des monts découpés se dressaient alentours, irisés sous les lunes, révélant de sombres écarlates et de chantants esmeraldins.

On ne saurait railler la fierté légitime de l'auteur qui exhibe un vocabulaire suffisamment riche pour comprendre smaragdin et esmeraldin, des adjectifs qui seraient d'ailleurs synonymes si seulement le deuxième existait dans la langue française. Par contre, on peut noter qu'il n'a probablement pas bien lu les petites lignes de son guide des minéraux, où il aurait appris que l'ambre, qui est constitué de résine fossilisée, ne pourrait se former sur une planète purement minérale.

Quelques informations supplémentaires à propos de cette planète approximative dans l'article Température incertaine.

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