Panique à la banque du sperme

Un article de Science Officielle.

Gérard Néry
Fleuve Noir Anticipation n° 1663 (1989)

Il eut ensuite un geste inattendu pour un intellectuel de pointe : penché sur Francesca, il attrapa du bout des dents les bords de la culotte de soie qu’il déchiqueta d’un mouvement rageur.


Au-delà de son introduction prometteuse, Panique à la banque du sperme se révèle décevant. Le premier chapitre présente un Frankenstein de l’Allemagne nazie, dans un style ponctuellement inspiré de l’école Télérama/Ouest-France/'tite bloggueuse analphabète :

Ils habitent une belle maison. Verre et acier. Style Bauhaus 1929. Encore intacte. Avec des souterrains tout blancs, comme dans un hôpital. Et cette odeur caractéristique d’éther et de désinfectant. C’est un peu normal, puisque l’oncle Matthias est chirurgien.


Etrange créature. Impossible à cerner, à comprendre. Un cerveau qui commande au corps d’un autre.


Des voix dans le hall. Martèlement de bottes souples, cris de surprise. Ils viennent de découvrir le carnage dans la salle de billard. Z. avance sans bruit vers l’escalier. Il tient à la main sa deuxième grenade.
Dégoupillée.


Le corps du géant ressemble à celui d’une statue brisée. Membres disloqués, blessures atroces. À la place du visage, une plaie. Seuls les yeux sont miraculeusement vivants. Et intacts. Des yeux brillants, tournés vers le ciel. Et un cœur qui continue de battre.
Il entend les sirènes d’une ambulance.
Dans ses yeux s’allume comme une lueur d’ironie et de dérision. Il n’a plus qu’à attendre. Il a l’habitude d’attendre. Et de souffrir.


Les premières pages condensent plusieurs fantasmes traditionnels de la littérature d’anticipation :

  • Une clinique secrète dont les avancées scientifiques distancent celles de tous les laboratoires du monde grâce à de mystérieuses expériences : Le Pr Kern possède au moins deux décennies d’avance sur tous les autres chercheurs de sa spécialité, neurochirurgiens, neurophysiologistes, visionnaires d’un monde futur qui naîtra de celui qui vole en éclats.
  • L’assistante du savant fou qui est également sa fille : Vingt-cinq ans, grande, blonde, belle et fragile, et prénommée Diana (c'est vrai).
  • L’expérience totalement réussie après une série d’échecs complets : Z. a ouvert les yeux. Kern plonge son regard dans celui de l’autre et ce qu’il découvre lui glace le sang. Le regard de Z. semble venir d’ailleurs. D’une intensité inouïe, d’une vivacité à peine soutenable, cruel sardonique, éclatant.
  • Enfin, et sans vouloir porter atteinte au suspense inexistant de cette introduction, il faut célébrer le classicisme qui baigne la grande scène de la créature assassinant son créateur avant de s’enfuir dans le chaos de Berlin en avril 1945, la fille grande et blonde sous le bras.


Le chapitre suivant, intitulé Cinquante ans plus tard, à NewYork…, ouvre un récit dont on appréciera comme un impératif du genre les imbécillités d'ordre scientifique. L’état d’incohérence avancé du scénario ne constitue pas non plus un obstacle pour un amateur de Fleuve Noir, un vrai, un qui possède les saintes reliques. En revanche la platitude du texte, dépourvu du moindre petit mulot-castor ou même de la queue d'un cerveau-chenille, peut rapidement lasser. Quant aux dernières lignes en forme de non-conclusion, j'avoue qu'elle m'ont inspiré un peu d'émotion en me rappelant certaines dissertations finies à 3 heures du mat' le jour de la deadline, quand l'auto-censure a enfin abandonné la partie:

Belle marchait sur une route déserte dans l’État du Nevada, USA. Une route déserte qui la mènerait loin, très loin.

Tout au bout d’elle-même.




Vous n'allez pas me laisser tout ça ?!

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