On passa à une autre cabine. Cette fois, Muscat pouffa, Coqdor sourit, et Corinne murmura :
– Eh bien !…
Il s’agissait de Nadia Kinson. Très jolie créature qui, disait-on, avait gagné plus de milliers de comètes, la monnaie interplanétaire, avec ses charmes qu’avec son diplôme de docteur ès sciences.
À bord, elle secondait le médecin-chef et était plus spécialement chargée du service pharmaceutique.
Pour l’instant, en sous-vêtements transparents, dans une pose alanguie qui avait provoqué les réactions des observateurs, elle se faisait négligemment les ongles. Mais une flamme dans son regard indiquait que ses pensées n’étaient pas particulièrement au calme.
Nadia Kinson était nerveuse, maladroite. On l’avait mandée de toute urgence et il était visible que, même si sa compétence en chimie était réelle, le sang-froid nécessaire auprès des malades lui échappait.
Béol parlait posément.
– Il est mort depuis moins d’une demi-heure. Le cœur est littéralement troué. Je peux le recoudre rapidement et le remettre en marche, si je trouve à bord une personne appartenant à la fois à son groupe sanguin et parallèlement possédant un rythme cardiaque naturel correspondant au sien. Nadia, voulez-vous consulter le fichier ?
[…]
La belle Nadia était pâle et ses jolis doigts, plus faits pour les caresses voluptueuses que pour les soins médicaux, tremblaient sur le fichier.
Corinne, qui s’activait, fit un signe à Coqdor qui était près d’elle, en lui montrant plusieurs électrodes.
Tranquillement, le chevalier les mit en place tandis que Corinne s’approchait.
– Voulez-vous me laisser, Nadia ?… J’ai l'habitude des infirmeries spatiales…
La troublante Nadia parut exaspérée puis, soudain, ele se rejeta en arrière et se mit à trépigner.
– Et puis j’en ai assez !… Je ne veux pas !… je veux revenir !… À la mort !… Nous courrons à la mort !… Nous…
– Mille comètes, ça suffit ! rugit Martinbras.
Un grand cri fit retourner tout le monde et un frémissement passa sur le groupe.
Ils virent arriver Nadia, une Nadia nue, échevelée, plus sensuelle et plus désirable que jamais, dans son égarement, sorte de walkyrie frénétique qui se dressait, offrant son corsp de statue brûlante, fascinant tous les mâles de ses magnifiques yeux agrandis par la folie qui couvait en elle.
[...]
Elle se rua, griffes en vant, vers le commandant.
Corinne se serra contre Robin. Martinbras, Vram et leurs cosmatelots livides assistaient à l'écroulement inattendu de la révolte, dans des modalités jamais imaginées.
Nadia, horrifiée, dégrisée, avait voulu fuir.
Mais, pour elle, il était trop tard.
[...]
Frappée au hasard, griffée, meurtrie, déchirée par les contractions suprêmes des androïdes foudroyés, la furie hurlait sa douleur et son désespoir.
En vain Coqdor et Muscat tentaient-ils de la rejoindre, de l'arracher à son destin. Il était trop tard.
La belle statue de chair, ensanglantée, déchiquetée toute vivante, n'était déjà plus qu'une plaie et ses beaux cheveux se souillaient de son sang, et elle fléchissait, se débattait encore, entre trois ou quatre robots, ou restes de robots, gesticulant sottement, sans plus d'ordre, et qui ne faisaient à chaque spasme que déchirer un peu plus la splendeur anatomique de Nadia Kinson.
– Vous voulez sans doute savoir maintenant ce que Olf Reed cherchait, lui, dans les soutes... Ah! Robin, c'est là que le vrai drame commence. Non, n'imaginez rien. Il ne voulait pas se suicider, lui, par désespoir d'amour envers la belle nadia qui, si j'ai bien compris, ne lui a pas été tellement cruelle. Mais Nadia s'est engagée sur un coup de tête et Reed qui la connaissait avant, l'a suivie. Mais il n'avait pas tellement de raisons de se plaindre d'elle...
Musact bouillait et s'agitait sur son siège.
Coqdor fit un signe d'apaisement.
– Oui, les questions se pressent à vos lèvres, Robin... Écoutez..., et là, voici le vrai drame : Olf Reed était un instrument, je le répète. Mais pas, comme vous pourriez le supposer, entre les mains de Nadia, ou de quiconque... Même les anciens gangsters qui sont à bord, même Colman, que Vram a désintégré, et qui n'était qu'un mutin comme les autres, même Wang Pietro qui reste en dehors de tout ceci. Non, Olf Reed était tombé sous les coupe... des étincelles blanches...
[...]
Lentement, son mâle et beau visage reflétant le tourment intérieur, le chevalier de la Terre poursuivit :
– Olf Reed a vu les étincelles, a ressenti les démangeaisons. Mais, pour lui, ce fut plus que tous les autres. Pourquoi a-t-il été choisi ? Peut-être parce qu’il était un homme amoureux, donc vulnérable…
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