Métamorphosa

Un article de Science Officielle.

Philippe Randa
Fleuve Noir (1986)

Il enfila une ruelle sombre qui donnait dans une avenue, baptisée du nom du grand philosophe terrien Guillaume Faye, la remonta pendant une dizaine de minutes avant d'atteindre enfin les quartiers populaires.



Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, le personnage principal n’est pas le gouverneur Stara mais l’agent impérial Lex Buri, équivalent galactique du gros blaireau qui visite Bangkok en ne se nourrissant que de steaks-frites – certainement un Français, malgré son nom d'origine Fleuve Noir.

Arrivé devant un panneau d’informations publicitaires, il consulta la liste des tavernes et se décida pour l’Axiome, rue Hélène et Olivier Grimaldi, dont la carte de spécialités terriennes l’allécha.[…]
Lex s’installa à une table à l’écart et commanda un apéritif, étonné de pouvoir choisir un Martini, certifié d’origine terrienne. En attendant d’être servi, il laissa son regard errer sur la salle. Beaucoup de couples, deux tables de militaires et, au bar, une fille, jolie, jeune, et coquettement habillée, attendait à l’évidence une invitation à dîner… et à autre chose !

L'agent impérial assure la sécurité d'un savant chargé d'étudier une forme de vie humanoïde, les Ralons – et surtout les Ralonnes. Par la suite, on apprendra que ce savant est un traître qui tente de détourner les caractéristiques des Ralons "à des fins militaires" avec la complicité du gouverneur. On peut donc se demander pourquoi il se fait accompagner par un agent impérial aussi intrépide que persévérant, sagace et incorruptible mais enfin, ce qui compte vraiment, c'est que les Ralonnes soient de sacrées baiseuses. Philippe Randa, en ethnologue consciencieux, nous signale au passage que ces créatures vivent constamment nues, et cela pour une bonne raison « Le climat s'y prête. Oh, on a tenté de leur faire porter des vêtements, car leur nudité choquait, mais sans succès ».

– […] Chaque soir, on chasse tous les Ralons, mâles et femelles, hors de la cité ou des fermes. D’immenses murailles protègent de leurs intrusions nocturnes.
– Ils ne sont agressifs que la nuit ?
– Lorsqu’ils ont faim, une seule fois par vingt-quatre heures et toujours après le coucher du soleil. […]
– Autre anomalie : tous les Ralons sont d’une beauté surprenante. De plus, l’amour physique est, semble-t-il, la chose la plus naturelle du monde pour eux. L’amour sous toutes ses formes, dans un déchaînement de lubricité effrayante.


– Le professeur Déraner a dû vous mettre au courant de ce que nous savions sur les Ralons. Vous allez en juger par vous-même, mais un conseil : respectez minutieusement les mesures de sécurité. Votre vie en dépend. Après le coucher du soleil, ne gardez jamais une de leurs femelles près de vous.
Il marqua un temps d’arrêt avant de déclarer.
– J’insiste sur le fait que ces créatures combleront tous vos désirs.

Lors d'une sortie d'étude, l'airo-jet de Lex Buri, saboté, se perd dans ce continent inexploré. L'agent impérial en profite pour mener quelques observations vraiment très intéressantes.

Le jour se levait tôt sur Borania.


S’il y a des êtres humains, je ne voudrais tout de même pas jouer les Gulliver à Brobdingnag, mais si les animaux ne sont pas monstrueux, la nature a donc un certain équilibre.

L'intermède naturaliste est rapidement interrompu par le grand retour du naturisme sous la forme de trois femmes rudement jolies pour des sauvageonnes : une blonde, une brune et une roussette avec un petit visage effronté, au nez relevé. Elles le font déshabiller et, devant sa virilité, poussent des exclamations montrant qu'elles ignorent ce qu'est un homme : "On dirait l’arbre de vie !", "On pourrait même s’en servir pour s’empaler dessus.". Bien qu'elles aient l'habitude de se faire féconder par un arbre qui élimine tous les mâles, Lex Buri découvre que ces sauvageonnes sont de sacrées baiseuses.

Dans toute sa personne, elles s’intéressaient uniquement à son sexe ; Slini tendit la main pour le saisir.


Elles marchaient en direction d’une petite clairière au centre de laquelle se dressait un arbre immense, puis subitement, se mirent à fouiller l’herbe, juste au-dessous de ses branches, jusqu’au moment où elles trouvèrent des espèces de rejets qu’elles caressèrent.
Bon sang !
Ces rejets prenaient la forme de virilités. Très vite, ils atteignirent des tailles honorables, et l’une des femmes suça et lécha le sien, tandis que la seconde s’empalait dessus.
Lex fut obligé de l’admettre, il s’agissait d’une véritable possession. La fille montait et descendait sur cet olisbos.
Non, un olisbos est un phallus artificiel, et celui-ci est de chair.
Le spasme de la fille fut prodigieux au moment où la semence gicla en elle…

Pendant qu'il rampe vers l'arbre pour mieux l'observer, l'agent impérial pose la main sur un phallus végétal. Bien qu'il marque un brusque mouvement de recul et de dégoût, c'est trop tard : il est gay-heu ! Il est gay-heu ! Et Philippe Randa aussi-heu !
Insulté dans sa virilité, Lex Buri incendie l'arbre à bites et se met en ménage avec une tribu de cent trente femmes.

Les planètes primitives étaient les plus agréables, si les femmes étaient belles.


La main de Lex caressa la croupe rebondie de la jeune fille et son doigt s’insinua entre ses fesses jusqu’à son plus petit orifice.
– L’harphiss ne vous a jamais pénétré par là ?
– Par là ?
Son cri d’étonnement ravit l’agent impérial… Avant de quitter l’île, il espérait bien avoir le temps d’apprendre à cette collection de femmes tout ce qui faisait de la volupté un art.

À grands coups de « Nom d’un empire ! », « Le tireur n’était heureusement pas adroit. », « Il lui restait une chance, elle était mince, bien sûr mais il ne pouvait pas la négliger. » et de « Banco ! », l'agent impérial se débarrasse d'une patrouille venue le chercher et rejoint la capitale où il déniche un sbire sortie d'une vieille collection de clichés réservée aux Éditions Fleuve Noir : un prêtre bon vivant, combinard et fauché, qui n'hésite pas à peloter les serveuses en rotant sa bière quand il en a l'occasion.
Notre héros s'introduit donc dans le palais du gouverneur à la faveur d'un transpo-jet qui amenait des matériaux de construction en pleine nuit. L'épisode de la sentinelle enfermée dans le placard à balais, la manière dont l'agent impérial est trahi par le savant qu'il pensait protéger et la morgue volée à James Bond avec laquelle il savoure son cognac sous la menace des armes ennemies ne sont que des manifestations essoufflée de la paresse qui saisit l'auteur dès que ça ne sent plus le cul. Lex Buri est donc jeté dans la cave aux monstres et n'en ressort que pour tenter une deuxième effraction, grâce à un ami de son sbire, un ancien garde républicain qui connaît une entrée souterraine vers le palais gouvernemental. C'est à ce moment que la subtilité Club des Cinq a commencé à me manquer, dans une vague de nostalgie que la suite du récit ne devait pas atténuer.
Le héros capture un conseiller du gouverneur qui traînait par là et, à la suite d'une scène d'intimidation destinée à faire rire les écoles maternelles, apprend la localisation du laboratoire secret dans lequel sont menées les expériences sur les Ralons. Au passage, son sbire devenu inutile reçoit un coup de fusil rayonnant de l'ennemi qui le renvoie dans la cave de Fleuve Noir, prêt à resservir pour une prochaine aventure. Lex Buri emprunte donc un airo-jet qui s'écrase assez rapidement, mais il se retrouve tout de même indemne dans la forêt. C'est alors que nous en apprenons un peu plus sur l'état marital de l'agent impérial :

Il devait être béni des dieux !

Ou cocu, oui !
Cette seconde perspective lui étant fort désagréable, il préféra louer Zeus, Thor, Bélénos et autres divinités bienfaitrices des agents impériaux.

Il est ensuite recueilli par des hommes-oiseaux dont on ne voit que les femmes le temps d'une longue tranche de cul, l'occasion idéale pour nous rappeler que le Martini est la boisson des vrais hommes. Les larges développements consacrés aux femelles Kyldares – faut-il vraiment préciser qu'elles sont de sacrées baiseuses ? – ne laissent malheureusement pas beaucoup de place à la description de l'organisation sociale.

Le deuxième soir, Vériale arriva pour diner avec Lex, en compagnie d’une seconde Kyldare, toute jeune également, brune, les cheveux coupés très courts. Le repas expédié, Vériale expliqua en désignant sa compagne :
– Solène est vierge ; veux-tu être son premier homme ? Je vais la préparer.
Les deux filles s’agenouillèrent devant lui ; elles s’embrassèrent tendrement, puis Vériale obligea son amie à s’allonger à rebours sur elle. Lex les observait, fasciné, tout en buvant du vin de Lacomal. Celui-ci était aphrodisiaque, disait-on, et rappelait le goût du Martini terrien.
Vériale enfouit bientôt son visage dans les cuisses de Solène en ramenant ses ailes croisées sur son dos de façon à bien dégager ses petites fesses rondes et nerveuses.
Le tableau était affriolant ; Lex quitta rapidement son uniforme et s’approcha d’elles ; aussitôt, Vériale pivota pour le prendre dans sa bouche où il se raidit encore plus.
Solène se tourna ensuite devant l’agent impérial et le dirigea pour qu’il la pénètre lentment. Une résistance ; son corps se contracta. Un instant, elle redressa la tête.
Les donna un coup de rein qui la fit gémir puis commença à aller et venir en elle. Très vite, il sentit le plaisir monter, mais se domina pour attendre la jeune Kyldare.


Durant la journée, Lex visita les cavernes où vivaient ses nouveaux alliés ; soumis à une organisation trifonctionnelle, distinguant une fonction religieuse et souveraine, une fonction guerrière et une fonction productive, la société Kyldare avait une vision inégalitaire du monde assez semblable à celle de l'Empire terrien.

Tout cela ne fait pas perdre la tête à notre héros qui, aidé des Kyldares, prend le contrôle du laboratoire secret grâce à une série d'exploits héroïques qui échappent à ma mémoire. Il découvre aussi le mystère des Ralons : « Une race mouvante prenant l'apparence de l'espèce qu'elle admire le plus ». Voilà, voilà.

Des végétaux ou des minéraux, pourquoi pas ? réfléchit Lex. Seulement, l’homme est l’aboutissement idéal de l’évolution de la vie, alors les Ralons ont voulu leur rassembler (sic). Cette théorie expliquerait pourquoi ils sont tous si beaux. Ils sont en mesure de prendre dans la métamorphose la forme la plus parfaite.

Atteint d'une noble blessure, l'agent impérial peut alors s'évanouir, puis être soigné et épiloguer en compagnie de la reine des Kyldares :

– Notre peuple, avant la catastrophe qui a ravagé Argoran, vivait uniquement pour ses enfants et son plaisir... Plaisir que nous savons rendre raffiné.
– Je sais..., murmura Lex.

S'il y a une énigme un peu plus intéressante que celle des Ralons, c'est celle du public auquel est destiné Métamorphosa. La faiblesse de l'intrigue, la méconnaissance totale des notions scientifiques les plus basiques, l'identification grossière entre l'auteur et le personnage principal, bref la médiocrité de l'ensemble balancée à la truelle dans un style à la fois bâclé et figé évoque la littérature pour enfants en plus prétentieux. Cependant, l'avalanche de scènes de sexe contredit cette classification, laissant planer le doute sur la catégorie de débiles mentaux visée par l'auteur. Par chance, c'est Philippe Randa lui-même qui répond à cette question à la page 88 :

Il enfila une ruelle sombre qui donnait dans une avenue, baptisée du nom du grand philosophe terrien Guillaume Faye, la remonta pendant une dizaine de minutes avant d'atteindre enfin les quartiers populaires.

Habituellement, Guillaume Faye n'est pas qualifié de grand philosophe mais de journaliste d'extrême-droite.

Views
Outils personels