Les douceurs provinciales
Un article de Science Officielle.
Charles Exbrayat
Librairie des Champs Élysées (1963)
Charles Exbrayat est certainement un grand professionnel puisque sa mort n’entrave même pas la mise à jour régulière de son blog, mais ça n’empêche qu’il se fout parfois de la gueule du monde, presque autant que les employés qui collent les étiquettes chez Joseph Gibert (mieux connu sous le nom de Gibert Joseph). Alors, c'est comme ça maintenant, c'est le règne du je m'en foutisme généralisé ? Ah, il n'y en a plus que pour les jean-foutre ?! Et bien, dans ce cas, je scanne de travers et puis voilà. Tout cela va se finir dans les cris et les larmes et vous ne pourrez pas dire que je vous n'étiez pas prévenus.
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Il n’était pas loin de minuit lorsque je descendis du train et tout de suite, du trottoir extérieur je jetai un coup d’œil vers le boulevard du Grand-Cerf où se dresse l’hôtel de Paris, fief de mon copain Robert qui y exerce ses talents de maître-queux deux fois par jour et y déploie toutes les ressources de sa bonhommie de propriétaire. Bussonnet sait tout de Poitiers et avant que de me présenter au professeur Montanay, je me propose de lui demander quelques tuyaux. Je serais étonné qu’il ne puisse pas me renseigner. En dépit de l’heure tardive, il y avait encore de la lumière à l’hôtel de Paris et je m’en sentis ragaillardi. Il n’était plus temps de penser aux fantômes pour si tendres qu’ils puissent être, mais bien de se jeter dans l’action et pour ce, de commencer par me sustenter, ce que j’avais omis de faire. Or, Bussonnet a le secret d’une omelette Trocadéro dont la seule évocation me mit l’eau à la bouche. Le temps était magnifique et le ciel se montrait d’un bleu qui rappelait celui du ciel tourangeau, son voisin. Je me sentais en pleine forme et bien décidé à mener rondement cette affaire. Je déjeunai de fort bon appétit, et vers 10 h 30, je sortis pour entamer le match qui allait m’opposer, qui m’opposait déjà, à un adversaire encore sans visage. Nous vécûmes une excellente soirée car, lorsque Bussonnet s’y met, il est le plus joyeux boute-en-train de la Vienne, mais encore faut-il que les conjonctures astrales coïncident de façon aussi parfaite que bénéfique. Après un diner des plus tardifs, il s’enquit : Je faillis lui répondre qu’Antoine avait dû changer ses habitudes mais, à quoi bon ? Tous ces savants, ces scientifiques s’écartaient peu à peu du monde sensible des hommes, pour vivre dans un univers de chiffres et de formules où il n’y avait plus de place pour les sentiments. Ce ne pouvait être un piège car je connaissais bien l’écriture de Madeleine pour l’avoir lu et relu des milliers de fois la lettre qu’elle m’avait laissée à Brouage pour m’expliquer son départ. |
En tout cas, le manuscrit n'a pas été lu et relu des milliers de fois avant publication. Il faut croire que les huissiers étaient juste derrière la porte.
