Le passage

Un article de Science Officielle.

Valéry Giscard d'Estaing
Robert Laffont (1994)




Ce livre avait suscité un peu de curiosité à sa sortie, principalement à cause de la publicité faite autour d'un passage érotique supposé autobiographique. À mon avis, ça relève plutôt du fantasme, puisque VGE n'a jamais baisé de sa vie : aucune autre frustration n'expliquerait le gaspillage de temps et d'énergie nécessaire pour accéder au rang de président de la république. D'ailleurs, à choisir, il aurait mieux fait de se mettre au karaté... Enfin, quoi qu'il en soit, mieux vaut démystifier tout de suite : les petits pervers qui attendent des phrases comme le désir me tendait le slip devraient économiser la lecture de cet ennuyeux roman de notable. Je vous livre ici le passage salace. Attention la trique, et soyez efficaces car vous risquez de vous finir sur une scène de repas notarial entre deux chasses au cerf :

Alors, sans que j'aie eu le sentiment de prendre la moindre décision, je jette mes draps sur le côté, je pose les pieds par terre, je m'approche d'elle, et je lui dis:

– Voulez-vous venir vous réchauffer près de moi?

Sans attendre sa réponse, je passe mon bras droit autour de ses épaules, et l'autre sous ses genoux repliés. Elle ne proteste pas, ne se débat pas.

Je la porte en direction de mon lit. Elle est lourde, mais sans que son poids représente un effort trop pénible pour moi. Je la dépose contre mon oreiller, et je glisse ses jambes sous les draps.

Puis je fais le tour de mon lit, pour entrer à côté d'elle sous les couvertures.


J'agis avec une lucidité parfaite, mais je suis hors d'état de dire ce que je fais. Natalie n'a pas esquissé un geste et n'a pas dit un mot. Elle me regarde agir. Quand je m'étends contre elle, je peux sentir son corps à travers la laine de son pull et de sa jupe, pour la première fois, son corps qui, sans chercher ni à s'éloigner, ni à se rapprocher de moi, bouge lentement contre le mien, comme s'il désirait choisir lui-même sa place.

Le pull-over de Natalie est fermé le long de la crête de son épaule par une rangée de boutons passés dans des brides de laine noire.

Mes doigts détachent le premier bouton, près du cou, puis le suivant. J'écarte les lisières de son pull-over, et je pose mes lèvres sur la peau nue. J'ai perdu tout sens de la réalité. Est-ce vraiment la même personne que j'ai croisée, il y a trois semaines, inconnue, à l'entrée d'un village solognot, et à laquelle je n'ai pas adressé la parole?

Sa peau est tiède, sous la laine, et extraordinairement douce, presque fragile. Natalie réagit par un frémissement défensif à l'envahissement de mes lèvres, mais sans chercher à protéger son épaule, que je vois se couvrir d'un granulé soyeux.

Et nous nous sommes noyés ensemble, longuement, enlacés dans la sensualité de la nuit.

Hmmm, cette emphase, les paragraphes constitués d'une seule phrase, les efforts de vocabulaire, l'insignifiance du tout... Mais, mais... VGE serait un bloggueur-né !
Les observateurs les plus taquins auront noté que l'écriture très scolaire évoque celle de Mazarine Pingeot.

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