La vie est une marie-salope
Un article de Science Officielle.
Serguei Dounovetz
Fleuve Noir Police n°37 (1998)
| Gros-Jean comme devant, je m’étais fait repasser, la tour Eiffel dans le dos, la balayette dans l’cul ! |
Comme son titre le laisse supposer, on doit avant tout chercher dans cet ouvrage les considérations sur la vie que réclament nos temps destabilisés par l’impérialisme capitaliste, les extrémismes religieux, la technologie mal maîtrisée, l’obscurantisme ésotérique et les blogs de petites putes pseudo-dépressives.
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Nina Coral m’aidait à vivre et je lui en étais reconnaissant. Je l’embrassai entre les seins puis j’avalai une gorgée de caoua ; il était infect, tiède et sans goût, tout ce que je reprochais à ma vie. Je balançai la mixture dans l’évier et me dirigeai vers mon pucier. […] J’avais un putain de taf et j’étais complètement schlass. Dans la bouche de Gérard, le sang avait un goût amer, un goût de résignation. La grosse Ford rouge se traînait comme une limace. Les rues étaient désertes, désertes comme ma vie. "Ce n’est pas lui qui est odieux, Babette, c’est la vie qui l’a rendu odieux. La vie est dégueulasse mais que veux-tu, à ce jour, on n’a rien trouvé de mieux pour contrer la mort ! La mort est moins vacharde, plus expéditive, elle ne s’acharne pas sur nous comme peut le faire la vie. C’est vrai qu’elle laisse aussi de mauvaises cicatrices mais uniquement chez les vivants ! Quand la mort a frappé, ce sont ceux qui restent qui souffrent. La mort, c’est le trou du cul de la vie ! […]" Qu’est-ce que tu fous là, Niki Java ? Tu enquêtes sur ta propre détresse. Ce mec que tu files, c’est ton miroir brisé. "Il buvait pour se donner du courage, comme d’autres jouent au loto pour avoir un alibi devant l’existence. […]" |
Comparaisons classieuses, occasionnels zeugmas, métaphores filées et argot de polar s'enculent au fil du texte, illustrant une histoire de sosies qui n’a pas de prétention à la vraisemblance. Quelque chose dans le choix volontairement expéditif des noms de Mr Jecaille, enfermé dans un frigo, de Mr Limier, flic ou de Mr Kébla, chef de gang noir, ainsi que dans la verve outrancière et dans les jeux de mots aussi foireux qu’assumés rappelle que les Éditions Fleuve Noir ont pour principale gloire la publication de San Antonio.
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La filature ! Rien n’est plus con et usant qu’une filature. Surtout lorsqu’on est juste bon à filer des baffes ou des collants. Le boss m’avait donné carte blanche ainsi qu’un avertissement qui sentait la poudre et sonnait à mes oreilles comme le glas de ma carrière. "[…] Tu te pointes ici, la gueule enfarinée, dans mon domaine, chasser sur mes plates-bandes, en annonçant tout de go que tu viens pour coincer la patronne ! Mais connard, ici c’est moi le jardinier ! Si quelqu’un doit lui conter fleurette, c’est moi et uniquement moi ! tu entends, fouille-merde ! Quand j’aurai envoyé cet empafé de Dantzig bouffer mes pissenlits par la racines, je m’occuperai de ton cas ! […]" Le pharaon, les yeux exorbités, n’en croyait pas ses étagères à mégots. A cheval sur mon ventre, la croupe écartelée, elle frottait son bénitier sur mon stuc qui dépassait, déversant sa liqueur et remplissant mon nombril de son jus de femme en chaleur. Je la saisit par les hanches, ne sachant plus si je devais l’enfiler comme une perle ou la faire rouler sur le tapis. Elle me saisit le manche, prête à faire le ménage dans sa salle des fêtes, mais c’était sans compter ma détermination à rester fidèle à Mailla. […] Mais Babette, qui veillait au grain, me présentait maintenant ses miches dorées à pleine main en les écartant et en les refermant doucement. […] Elle savait que j’étais cuit, rétamé, que face à son cul, j’étais sans défense, comme un gamin à qui on tend un Mister Freeze à la sortie de chez le dentiste. Le gorille lui arrivait dessus en hurlant. Gérard lui décocha un méchant crochet au foie, mais le cow-boy n’avait pas les foies. Niki Java, journaliste hors pair, chié par ses pairs […]. Mais lui, Gérard, avec son dernier coup honnête qui remontait à tellement loin qu’il avait oublié l’année, le lieu et la fille, rongeait son frein ! Et un frein de prépuce, ça pardonne pas ! Si ça pète, ça s’enroule ! Et après, macache ! C’est comme le chewing-gum dans les cheveux, ça revient jamais. – Ouais, Riflar, j’ai que trois neurones, une pour dormir, une pour me réveiller et la dernière pour te niquer ! |
Par bonheur, même le plus noir polar a toujours sa frange d’or, et le plus fleuve noir ses sidéroxylons.
| Gérard [...] détala à toutes jambes. Le vent s’était levé, il avait des frissons et ses ratiches claquaient la mesure. Il n’était qu’un fétu de paille dans cette jungle de sidéroxylons et à tout instant ses nerfs risquaient de lui jouer des tours. |
