La terreur invisible

Un article de Science Officielle.

Jimmy Guieu
© Fleuve Noir 1968, réédition Plon-CEGEP-Fleuve Noir (1986), série SF Jimmy Guieu n°52



– Les lecteurs de L.E.M. sont des gens "pas comme les autres", Bernard. Passionnés par l’étrange, l’esprit ouvert au côté mystérieux des choses – ce fameux "mystérieux inconnu" dont on perçoit parfois les manifestations déroutantes – ces lecteurs, donc, se sentiront concernés et n’hésiteront pas à m’aider. J’en ai fait plusieurs fois l’expérience, au cours de mes enquêtes et recherches. Leur forme de pensée, néo-ésotérique et non conventionnelle, en fait pour moi des alliés tout disposés à apporter leur contribution désintéressée à la lutte que nous menons contre l’obscurantisme et l’aveuglement de certains tenants de la science officielle.
– Don Quichotte, va ! plaisanta le commissaire Perrot. Pour ce qui est de ces machins lumineux bizarroïdes, je ne pense pas, tout de même, que la… science "officielle", comme tu dis, puisse nier la matérialité des faits. Trop de gens les ont vus, y compris des agents de police, dans l’exercice de leur fonction.
– Mon vieux Bernard, tu connais mal la mauvaise foi des pontifes qui n’hésitent jamais à nier farouchement tout ce qui s’écarte de l’orthodoxie ! Je n’en veux pour preuve que le problème des Objets Volants – dits – Non-Identifiés. Ceux-ci sont parfaitement identifiés, tous les gouvernements savent, irréfutablement, qu’il s’agit d’astronefs d’origine extraterrestre venant observer notre planète, mais rares sont les savants à admettre cette vérité.


La terreur Invisible ne se contente pas d’appuyer les autres ouvrages de Jimmy Guieu en prouvant que les Aliens sont parmi nous. Cet opus de première importance illustre, comme le reste de l’œuvre de Jimmy Guieu, l’affrontement symbolique entre une sosie de chanteuse capable d’assimiler des constatations en relevant les sourcils et un vieux barbon éructant la science officielle. C’est donc la première que Jimm Gilles Novak honorera de ses faveurs sexuelles par le truchement de son petit gris turgescent…

Derrière le bureau, une jeune femme en blouse blanche se leva à son entrée. Un sourire hésitant atténua son expression soucieuse. Très brune, les cheveux courts, la blouse tendue par un buste aux formes irréprochables, la jeune femme – dont la beauté s’ornait d’un maquillage discret – soutint le regard un peu surpris de son visiteur.
[…]
Sa bouche dessina une moue amusée :
– Claude, c’est aussi un prénom féminin, vous savez ? Vous vous attendiez peut-être à rencontrer un médecin barbu avec des lorgnons ?
Elle avait dit cela en prenant sur son bureau des lunettes à monture noire qu’elle remit sur son nez d’un geste machinal. Gilles Novak songea immédiatement à Nana Mouskouri. Les mêmes yeux, la même grâce, la voix chaude et bien timbrée. Et la délicieuse fragrance "Nocturnes" de Caron.


– Etrange, murmura-t-il en observant le comportement des filaments immatériels chez les divers patients. Il semble bien que ces "filiformes" lumineux se concentrent de préférence sur les blessés tenaillés par une vive souffrance.
Le Dr Claude Chairon assimila cette constatation et releva les sourcils, stupéfaite :
– C’est ma foi vrai ! Votre perspicacité est étonnante, monsieur Novak !


Gilles s’approcha de la doctoresse :
– Cet homme vient de mourir, n’est-ce pas ?
Elle le considéra en silence, avant de questionner à son tour :
– Votre déduction découle de la réaction syncopale manifestée par ce blessé ?
– Un peu… Mais surtout d’une autre constatation : ces entités lumineuses abandonnent les corps désormais privés de souffrance. Ces filaments luminescents et doués d’une grande mobilité, j’ignore exactement ce qu’ils sont ; mais je suis à présent convaincu d’une chose : ces entités sont vivantes et elles puisent leur énergie dans la souffrance des êtres humains.


Le Dr Claude Chairon resta confondu devant l’ahurissante déduction du journaliste.

  Nous voilà fixés sur le vagin de service qui aura pour fonction de se blottir dans les bras du héros en poussant des couinements effarés (voir figure Pouic). Il est temps d’introduire à présent le pontife en blouse blanche dont le travail va consister à mettre des bâtons dans les roues des esprits libres (voir figure Bâton).

Sur ces entrefaites, le professeur Leroy arriva, conduit par un interne. Mis au courant du drame qui venait de se dérouler, il ne cacha pas son scepticisme.
Grand, sec et osseux, l’œil noir, la mine soupçonneuse, il interrogea Claude Chairon avec un moue condescendante :
– En tant que médecin, vous devriez savoir qu’il existe des maladies mentales épileptiformes : disons des fous – ou des folles – épileptiques.
Outrée par l’ironie blessante de ce "savant" – qui tenait en aussi piètre estime ses capacités médicales – Claude Chairon sut pourtant se maîtriser :
– Vous insinuez donc que cette jeune fille (folle et épileptique, selon votre… diagnostic) s’est infligée elle-même ces morsures ?
– Cela tombe sous le sens ! fit-il, en haussant les épaules.
– Génial ! s’exclama Gilles Novak. Absolument génial, professeur ! Sans vos lumières, les morsures de cette pauvre folle seraient restées pour nous un mystère. Seulement, il y a un petit détail que nous comprenons mal… Il est vrai que nous n’appartenons pas, comme vous, à l’Institut des Hautes Etudes Physiques.
– Monsieur, je ne vous permet pas de m’insulter ! bêla-t-il d’une voix de fausset.
– Laissez-le achever, voulez-vous ! trancha le commissaire Perrot, irrité par le ton doctoral et le jugement aussi hâtif que sommaire du professeur Leroy.
– Soit ! bougonna ce dernier. De quel détail parliez-vous ?
– Oh, d’un détail anodin, répondit Gilles, détaché. Je ne comprends pas très bien comment la pauvre fille a pu faire pour se mordre le sein droit… Remarquez, je ne la connais pas ; peut-être est-elle contorsionniste, à ses moments perdus ? A moins qu’elle ne se soit mordu la poitrine et le cou, sous la nuque, avec un ratelier ! […]


Par bonheur, les forces de l’ordre interviennent afin de reconnaître le bon droit de Gimmy Novguieu et clore ainsi l’épisode de l’hôpital... Et puisque c'est l'occasion de jeter une ombre de mystère romantique sur la jeunesse de Big Jim Novak, précisons que le commisaire Perrot est pour lui plus qu'un ami, c'est un frère, depuis qu'ils ont baroudé ensemble, dans les paras et qu'ils se sont sauvé la vie la vie quelques fois, l'un l'autre. Faudrait pas croire que c'est juste un faire-valoir infiniment moins séduisant que le héros mais bien brave quand même.

Ce vieux bonhomme acariâtre et vindicatif commençait à irriter également Bernard Perrot qui répondit, en se contenant pour rester impassible :
– Vous êtes arrivés après les évènements que nous venons de vivre, professeur, aussi bien, votre attitude, votre jugement péremptoire porté sur des faits dont vous n’avez pas été le témoin oculaire ne laissent pas de me surprendre.
Leroy leva les bras au ciel en trépignant :
– Une cabale ! C’est une abominable cabale visant à me ridiculiser !


– Mr Novak n’est pas ici à titre de journaliste, expliqua le commissaire Perrot. Il représente la Commission d’Etude créée par divers spécialistes justement alarmés par ce problème.
– Une commission ? Quelle commission ?
– Une commission privée, donc libre de procéder à une étude systématique des divers phénomènes relatifs à ces entités lumineuses et à leurs étranges manifestations, précisa Gilles Novak. Une commission composée de chercheurs privés, ne subissant pas les contraintes, l’étouffoir si souvent imposés par la science officielle avec la bénédiction du gouvernement.


La querelle se poursuit dans les medias et culmine lors de la grande scène de la conférence au cours de laquelle Jimmy Gnovak, élégant, racé et maître de ses nerfs devant un Pr Leroy faisant fi de la plus élémentaire courtoisie, va prouver avec une aisance pleine de charme qu’il est facile d’avoir raison dans une histoire qu’on a soi-même inventée.

Par ces informations et celles que publieraient certains quotidiens à la mi-journée, l’opinion publique serait mise au fait de ces évènements dramatiques. Les arguments "rationalistes" et faussement apaisants de Leroy, désormais, auraient du mal à endiguer la vérité !


La création au sein de l’IMSA, du comité d’Etude dont les membres ne s’en laissaient point compter par la "Science Officielle", avait ajouté à la rage du professeur Leroy dont les déclarations virulentes et mensongères se retournaient contre lui. Ancré dans son erreur, celui-ci "grenouillait" sans relâche auprès de ses collègues pour constituer une commission de sommités scientifiques – et ultra-rationalistes – qui se proposaient de démontrer la "fraude" de gilles Novak accusé – tout comme le cameraman du JT,– d’avoir délibérement truqué les clichés !


Sur la scène de la Salle Pleyel, archicomble, l’entrée du professeur Leroy et de ses alliés fut saluée par des applaudissements clairsemés ; certains, frénétiques, provenaient des ultra-rationalistes de tout poil, toujours prêts à braire, à crier à l’hérésie dès l’instant où des idées nouvelles – qu’ils se refusaient même à examiner – ne cadraient plus avec leur théories.
[…] Faisant fi de la plus élémentaire courtoisie, Leroy s’empara du micro et railla sarcastique :
– Lorsque ces congratulations seront terminées, nous pourrons commencer !
Sans se démonter, Gilles leva la tête vers l’orateur après avoir échangé un dernier shake-hand avec un député de ses amis.


[…] L’hilarité apaisée, le professeur Leroy, frémissant de rage, enfourcha son cheval de bataille tendant à dénoncer le "grossier trucage" des clichés photographiques et du reportage filmé de la télé. Au reste, prévenait-il, la direction générale de la Télévision, enfin mise au courant de l’influence néfaste exercée sur un public ignare par certains "groupuscules pseudo-scientifiques", leur refusera désormais catégoriquement l’antenne. Seules des personnalités de la sciences, cautionnées par le CNRS ou l’Académie des Sciences, pourront utiliser le petit écran pour informer les téléspectateurs.
[…]
Malgré de violentes protestations de Leroy, contré par une assistance houleuse devant ses réactions fort peu démocratiques, Gilles Novak, sous un tonnerre d’applaudissements, alla prendre en main le micro.
– Mes amis, commença-t-il de sa voix chaude et bien timbrée. Le professeur Leroy et ses collègues sont des hommes de science dont les capacités ne sauraient être mises en doute. Je ne leur en dénie pas moins tout compétence en l’affaire qui nous intéresse. […] l’approche de cette énigme requiert une qualité majeure qui, hélas ! fait généralement défaut à l’orthodoxie scientifique : j’ai nommé l’imagination. […] Pour répondre aux accusations de trucage sur les clichés ou le film présentés à la télévision, nous avons soumis les négatifs de ceux-ci aux experts de la NASA, habitués à ce genre d’examens depuis que les satellites artificiels envoient sur la Terre des dizaines de milliers de photographie. […] Dès lors, une conclusion s’impose, sans grand risque d’erreur : ces entités primaires – les filaments lumineux – et ces entités secondaires – les monstres visibles – sont une forme de vie étrange, fantastique, ramenée sur la Terre par des fusées spatiales russes ou américaines !
[Le professeur Leroy et ses "adeptes"] commençaient à se sentir mal à l’aise ; ils regrettaient d’avoir perdu l’occasion de se taire et de s’être lancés, un peu hâtivement, dans cette campagne de pseudo-démystification.
Levant la main pour réclamer le silence, Gilles Novak poursuivit :
– L’heure n’est plus aux phrases creuses, à l’invocation de l’hystérie, de l’hallucination ou de trucages photographiques. Ne mâchons pas les mots : notre planète subit l’invasion d’une forme de vie intelligente originaire d’un autre monde ! […] Ces êtres puisent leur forces dans l’énergie de souffrances rayonnée par le corps humain en proie à la douleur.


Outré, le professeur Leroy lui arracha des mains le micro pour jeter d’une voix hargneuse :
– De telles inepties sont inqualifiables et je vous interdis de…
Le vacarme qui se déclencha alors dans la salle couvrit ses paroles. Conspués par le public, Leroy et ses amis quittèrent la scène […].


On apprendra à la p.124 que la barbarie nazie était dûe à ces mêmes envahisseurs, passés sur Terre pour une première tentative d’invasion, ainsi que l’ont démontré Jacques Bergier, Louis Pauwels et d’autres chercheurs d’avant-garde. On respire : le mal n’existe donc pas en l’Homme… à l’exception du Pr leroy et des pantins de la science officielle, peut-être ? Hé bien, même pas. En effet, dans un élan de générosité parfumé d’une condescendance qu’il peut bien se permettre au point ou on est en, l’auteur leur offre la rédemption.

– […] Deux catastrophes dont le caractère "accidentel" peut être d’emblée écarté : les entités ont signé leur forfait. Nous commençons à connaître leurs méthodes. Triste ironie du sort, le professeur Leroy était parmi les voyageurs du rapide accidenté.
– Il est… ?
– Non, Claude, il est seulement blessé. J’ai pu avoir de ses nouvelles. Il se rendait auprès d’un de ses confrères, spécialiste de l’électromagnétisme, pour tenir en quelque sorte un conseil de guerre ?
– Contre nous ? s’exclama la jeune femme.
Il sourit à ce "nous", prouvant qu’elle s’associait pleinement aux efforts du Comité d’Etudes.
– Non, Claude. Ce "conseil de guerre" était… devait être dirigé contre la menace croissante que la "Terreur invisible" fait peser sur l’humanité. Leroy avait fini – un peu tard, hélas – par reconnaître ses erreurs. […]

Hé oui, Jimmy Dieu reste toujours le Seigneur miséricordieux qui ne veut pas la mort éternelle du pêcheur, mais plutôt sa conversion et sa vie… Derrière ce visage triste et mou se dissimule une profonde foi en l’humain, entre autres croyances ultra-non-rationalistes.


Pendant ce temps à V'érhâk-Rooze, les extra-terrestres ne réfrènent plus leur impatience et dévoilent au lectorat leurs patronymes exotiques.

– Tout va bien, V’Likoha ? demanda l’un des deux hommes en donnant à leur compagne le nom originel du monstre qui l’habitait.
– Oui, Norink-Lo. Je maîtrise peu à peu la terreur rémanente du cerveau de cette créature femelle dont j’ai pris possession.
– Et toi, Hern-Ramnzo ?
– Tout va bien. Le cerveau que je contrôle appartient à un mâle – Robert Fargier – qui est électricien.[…]


Quant au "mot" – de la ...fin ! –, il (pourrait être) celui "de la réconciliation" puisque l’auteur y "exhibe" son... amour – profond (!) – "des" sciences exactes :

– L’extravagance peut n’être qu’apparente, Joss. Essayons de comprendre. Par un procédé dépassant – et de fort loin ! – nos concepts scientifiques actuels, "on" – ne me demandez pas qui ! – nous a attiré dans une "brèche" de l’Espace-Temps, où l’étendue n’a plus la même valeur sur le plan de la perception, où les distances sont "hyper-relativistes" ; où deux droites parallèles peuvent se rejoindre, s’entrelacer, se nouer tout en donnant peut-être l’impression de rester des droites sans contact entre elles ! […]

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