La foudre anti-D
Un article de Science Officielle.
Jean-Gaston Vandel
Super luxe Fleuve Noir - Les lendemains retrouvés n°28 (1956)
| – Jadis, on transportait les malades des poumons dans les montagnes pour qu’ils puissent respirer un air plus pur. Ici, c’est un peu la même formule, sauf qu’on fabrique un air mêlé de gaz et de radiations qui rétablissent les fonctions du cerveau. |
Dans un futur appartenant à la catégorie "pas trop éloigné mais quand même", la civilisation a bien évolué.
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La signature du Traité Mondial de la Paix, en janvier 2050, et la fondation des Etats-Unis du Monde, dix années plus tard, avaient suscité sur toute la planète des travaux magnifiques. Le Sahara était mantenant une étendue agricole très fertile ; les régions polaires et les forêts d’Amazonie étaient devenues des sources de richesse pour l’humanité. |
Heureusement, certaines choses ne changent jamais, surtout dans un roman d’anticipation des années 50 :
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Certains malades faisaient des travaux de bureau pour l’administration, d’autres s’occupaient de l’ordre matériel des locaux, les enfants recevaient des leçons, les femmes faisaient de la cuisine et de la couture. |
La difficulté posée par l’avenir, c’est que les concepts scientifiques y sont trop développés pour être accessibles aux auteurs de SF. C’est aussi un des problèmes du présent, d’ailleurs.
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En réalité, la sphère métallique entrerait dans le stade de l’anti-vitesse. Comme les spectateurs immobiles d’une course en circuit, les habitants de l’engin attendraient le passage de la planète Mars emportée par les prodigieuses girations de l’univers solaire. Mais les Tri-Magnix, pour sillonner les espaces intergalactiques, ne se contentaient pas d’attendre, immobiles, le passage des univers-îles emportés par leur mouvement de récession : ils ajoutaient à cette vitesse relative une vitesse positive. Ce qui mettait un astronef aux frontières d’Andromède par exemple, en treize heures. |
Tout cela signifie que les vaisseaux spatiaux, au lieu de laisser simplement les objets célestes se déplacer autour d’eux, n’hésitent pas à se mouvoir par eux-même vers leur objectif. Voilà au moins une idée dont la robustesse a pu être abondamment testée sur Terre depuis que la première bactérie a été attirée par le premier nutriment, qui a certainement été bien surpris, à l’époque. Signalons que, malgré la courte durée des déplacements, les passagers sont mis en hiberation pendant le voyage car l’auteur avait besoin de faire embarquer des personnages clandestinement en les faisant passer pour des cadavres.
Je ne sais pas si on peut prétendre que J.-G. Vandel rattrape son incurie scientifique et scénaristique par la qualité de ses portraits humains… Non, non, on ne peut pas. Il y a certainement un châtiment pour ce genre d’affirmations qui assassine toutes les règles du bon goût et de la bienséance.
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Né d’un père africain et d’une mère parisienne, il avait la peau un peu bronzée, le cheveu très noir, les pommettes proéminentes. Mais ses yeux étaient bleus, bleus comme un ciel d’Île-de-France en été. […] Dès son plus jeune âge, il avait pris pour devise les deux formules suivantes : "Le travail avant tout" et "Ne rien faire à moitié". Ces deux formules – qui résumaient sa vie – expliquaient sa réussite professionnelle et sociale. Derrière des lunettes à monture d’or, le docteur Niamo avait un bon regard où brillaient la douceur, la confiance, la profonde sérénité des sages qui ont appris à respecter la vie. Mais cette bonhommie – d’ailleurs authentique – ne voilait pas complètement le magnétisme des yeux noirs qui dénotaient une intelligence pénétrante, un peu magique même à force d’acuité. Au cours des vingts dernières années, le docteur Charles Berthold avait été sans conteste le personnage le plus considérable de la terre. C’était lui qui, à peine diplômé de l’Université de Californie, avait découvert les lois de l’univers gravitationnel et mis au point les inventions qui avaient permis de vaincre le "Mur de la Lumière", donnant ainsi à l’humanité le moyen de franchir les abîmes intergalactiques. |
La Science totale, c’est bien. La Psychologie totale, c’est mieux. Saint-Maclou, évidemment !
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Ce que le jeune policier ne réalisait pas encore lui-même, c’est qu’une pensée étrange encore informe et à peine consciente, se frayait sournoisement un chemin dans son esprit : et si Berthold, dépassé par son propre génie, était devenu fou lui-même ? Sous des dehors insouciants et blagueurs, Hans Wildorf cachait une habileté psychologique qu’un diplomate chevronné n’eût point désavouée. Pour convaincre l’homme vert, il aurait pu recourir à certains arguments d’autorité ou employer de grandes phrases pathétiques. Au lieu de cela, il s’était borné à glisser dans la conversation ces quelques mots insidieux : "... Vous ne regretterez pas ce voyage." |
Attention, nous n’en n’avons pas fini avec les stratagèmes machiavéliques. Voici la grande parade des espions déguisés en plantes vertes ! Ils marchent en crabe dans le hall de l’ambassade et disparaissent au coin des couloirs en laissant un petit nuage de fumée.
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Tous furent gratifiés d’un laisser-passer spécial, d’une carte les accréditant auprès des autorités, d’une plaque d’identité qu’ils devaient accrocher à leur vêtement. Wildorf, portant lunettes et moustache, s’appelait Fred Geerhart et, selon ses fausses pièces d’identité, exerçait le métier de reporter pour l’A.U.P. au bureau de Berne, en Suisse. |
La théologie, au moins, est dignement représentée par une ravissante jeune fille dont la blondeur fluide de la chevelure limpide sous la lumière invisible et les grands yeux bouclés de biche bleue jouent une symphonie de charme dont les échos se prolongent jusque dans le cœur fringuant des astres à peine levés à cette heure frémissante, l’heure de l’amour et de la foi.
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Viola prononça d’une voix sourde : |
Dieu existe parce que, sinon, les gens deviennent fous. Pour reprendre un formalisme pédagogique :
1- J’ai peur de mourir pour de vrai.
2- Je n’aime pas avoir peur.
3- Donc, Dieu existe.
Notre chargé de recherche en Afrique, un petit garçon au ventre gonflé et aux yeux pleins de mouches, a récemment exploré cet axe de réflexion :
1- Si je ne bois pas je vais mourir.
2- Je ne veux pas mourir.
3- Donc, je vais avoir de l’eau.
Sa disparition prématurée ne nous a malheureusement pas permis d'apprendre les conclusions de son étude.
Mais on ne trouve pas que de la religion dans La foudre anti-D... il a aussi de la superstition !
. Et puisque le bouzin est cautionné par "le père de la Science totale", alors, ça doit être vrai.
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– Je comprends le débat de conscience qui se livre en vous, répondit Berthold. Mais… je ne crois pas au hasard, vous le savez peut-être ? Je n’y ai jamais cru et j’y crois moins que jamais. Plus j’avance, plus je suis convaincu qu’il y a sous le désordre apparent de l’univers visible un ordre souverain dont les principes nous échappent mais que l’intelligence humaine déchiffrera un jour. Bref, je pense que vous n’êtes pas venu ici "par hasard", et je pense que je n’ai pas ouvert cette porte "par hasard", quoique je ne l’eusse pas fait, assurément, si j’avais su que vous étiez dans mon bureau ! Bref, j’incline à croire que notre rencontre est providentielle. – […] Jusqu’à présent, j’ai travaillé sur des chiffres, sur des lois naturelles, sur des machines. Maintenant, je vais travailler sur la vie. Dans la mesure de mes moyens, je veux lui restituer sa véritable puissance. Car l’esprit est une dimension. […] L’homme a poussé ses conquêtes dans le Temps, dans l’Espace, mais l’heure est venue d’inaugurer cette autre dimension : l’Esprit. C’est par-là qu’est le bonheur et… sans doute, l’immortalité. |
Je vous épargne le passage pendant lequel le professeur utilise un appareil qui contrôle les pensées pour prouver que la science, c’est le mal. Ensuite, il synthétise quelques clones du héros pour faire voir que le malaise qu’on ressent devant un double de soi, ça montre bien que la science, c’est le mal. Un tel sens de la preuve nous suggère surtout que la voie qui mène au métier d’auteur chez Fleuve Noir passe par le traumatisme de n'avoir pas su rédiger une dissertation de collège sur le thème du progrès.
Finalement, si Jean-Gaston Vandel devait se cantonner à ses domaines de compétence au lieu de péter plus haut que son cul, il nous raconterait l’expérience quotidienne d’un mongolien bavant et il aurait pu écrire Le bruit et la fureur au lieu de cette banalité. La morale de tout ceci, c’est que Dieu existe, sinon il n’aurait pas créé un prénom comme Jean-Gaston.

