Hunter
Un article de Science Officielle.
Jimmy Gnovak considéra le document dont les dorures chatoyantes jetaient un éclat qu'on eût dit paranormal. Sa perplexité se traduisait sous la forme d'une ride verticale entre les deux sourcils, qui donnaient un sérieux intimidant à son regard magnétique. Soudain, son visage se détendit et il adressa à Corinne Teissier un sourire franc et ouvert par le truchement duquel se manifestait sa nature profondément néo-ésotérique et non-conventionnelle.
– Les asiatiques sont pleins de sagesse, dit-il. Ils ont un proverbe que nous devrions inscrire dans la coiffe de nos chapeaux : "La vérité se trouve souvent sous le pinceau de l'artiste".
La jeune femme fronça joliment les arcs gracieux de ses sourcils.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, Jimmy. Soyez plus clair, vous savez que je suis une femme.
– Cela, Corinne, je ne pourrais l'oublier même si tant est que je le voulusse, dit-il en la regardant intensément. Regardez donc cette gravure. Elle représente un groupe de personnages évoluant au sein d'un paysage nocturne, dont plusieurs indices laissent résolument à penser qu'il pourrait s'agir de l'Égypte. L'Égypte, terre de mystères s'il en est, bien que certaines énigmes posées par les pyramides soient maintenant résolues. Grâce aux efforts d'une poignée de chercheurs indépendants, on sait sans aucun doute possible qu'elles ont été érigées à l'aide de technologies extra-terrestres, mais ces révélations restent inconnues du grand public car elles sont bridées par l'étouffoir imposé par les pseudo-scientifiques incapables de comprendre ce qui dépasse par trop leur esprit étriqué.
– Ho, Jimmy, j'ai toujours rêvé de vacances en Égypte...
– Nous visiterons ce merveilleux pays dès que sera écartée la menace qui pèse sur l'avenir de notre race. Je vous le promets, Corinne. Allons, il y a un détail qui "cloche" dans cette gravure, vous ne trouvez pas ?
Après s'être livrée à différentes mimiques de réflexion, la charmante journaliste leva les yeux et secoua la tête d'un air découragé. Ce mouvement eût pour conséquence d'agiter sa somptueuse chevelure d'où s'exhalait le capiteux parfum "Nocturnes" de Caron. Jimmy Gnovak vint à sa rescousse:
– Observez la portion non éclairée qui est délimitée par la circonférence de la Lune. On peut y voir... des étoiles ! Voici magistralement dévoilée l'imposture ultra-rationaliste selon laquelle cette zone serait dûe à l'ombre portée par notre planète sur son unique satellite naturel ! Car si l'on peut observer des étoiles à travers cet espace, ce que ce document prouve sans contestation possible, c'est qu'il s'agit bel et bien d'un trou dans la Lune ! Cette fois, le complot scientifico-gouvernemental est bel et bien dénoncé.
La journaliste poussa un petit gémissement angoissé et s'accrocha de toutes ses forces au bras de Jimmy Gnovak.
– Ne parlez pas si fort, Jimmy ! Le CNRS pourrait nous envoyer ses hommes de main. Nous serions torturés et je serais probablement livrée à la convoitise de singes de laboratoires !
Le visage de Jimmy Gnovak frémit de tous ses traits élégants et racés. Il passa la main dans la chevelure de Corinne Teissier. Sous sa fine moustache noire, ses lèvres esquissèrent un sourire rassurant.
– Ne concevez point d'inquiétude Corinne, vous êtes sous ma protection pleine et entière.
