Exit

Un article de Science Officielle.

Amandine Wells exerce le joli métier de critique de jeux video jusqu'au jour où sa liberté de penser (au sens obispien du terme) est remise en cause par son patron qui lui demande de se montrer indulgente envers un jeu qu'elle estime "trop violent". Dès la troisième page, on peut donc jauger la connaissance profonde du milieu des gamerz dont fait preuve l'auteur, un artiste qui n'hésite pas à se documenter.


L'héroïne quitte son boulot puis son copain dans la foulée, lorsqu'elle découvre qu'il la trompe. Du coup, tout de suite, elle veut mourir (selon la conception féminine de la volonté). On reconnaît bien là le sens profond de la psychologie qui constitue, en quelque sorte, le fil rouge de l'oeuvre de Bernard Werber, exactement comme une longue ficelle de nylon dans une saucisse Herta au plasma de porc : le jour où on tombe dessus, on est obligé de penser à la manière dont le produit est fabriqué, et c'est révulsant.



Je ne raconte pas la suite de l'histoire parce qu'on s'en fout un peu, et nous passons directement au tome 3 au cours duquel l'héroïne rencontre le concepteur de ce fameux jeu video (oui, il l'a fait tout seul alors qu'il a fallu une équipe même pour Pong : c'est parce qu'il est génial).

Cette confrontation était sûrement inscrite dans les étoiles, puisque le gars se trouve par hasard au bon endroit pour sauver la vie d'Amandine en la faisant monter à bord d'une montgolfière de son invention, juste au moment où elle était sur le point de se faire buter par une gonzesse en mini-jupe de cuir noir qui avait décidé de l'utiliser comme gibier humain. Mais bon, de toute façon, les lecteurs qui ont tenu jusqu'au troisième tome ne sont pas du genre à s'offusquer de ces forces mystiques juste assez incontrôlables pour remplir les gros trous du scénario.

Là où je veux en venir, c'est un peu plus tard, lorsque l'héroïne reproche à l'inventeur du jeu violent et sexiste d'imposer aux joueurs ses petites divagations personnelles. Parce que ça justement, les fantasmes à deux balles, ce n'est pas ce qui manque dans Exit, et ce sera même notre fil Herta tout au long de cette lecture.



Au fait, il faut cliquer sur les petites images pour les voir en grand, jeune triso.



Commençons par passer en revue quelques vignettes qui nous expliquent que sauter dans l'eau, ça déchire les T-shirts et qu'il fait assez froid chez les armuriers pour dresser les tétons d'Amandine Wells jusqu'à la dimension d'un cancer respectable. Et finalement, si elle dort enveloppée dans une serviette, il est tout à fait normal qu'on voie un peu ses fesses quand elle chevauche une autre femme, et si elle déchire sa jupe dans les barbelés, elle se retrouve en culotte et en bustier pendant plusieurs pages : c'est la cohérence du scénario qui l'impose. De la même façon, il est bien naturel que sa robe ne soit plus très bien ajustée après un vol plané de plusieurs dizaines de mètres provoqué par un tir de roquette, et ça recommence pendant la scène de chtonk, halala, sacrée robe.




Mais bon, tout ça c'est du léger, du cadeau saupoudré au hasard des cases. Ça ne vaut pas les pages spécialement consacrées à la luxure et au vice qui nous entraînent dans un enfer complexe et fascinant de fantasmes parfaitement inédits, mêlant avec audace les strings, les seins et l'alcool. Ha, ces riches dépravés, qu'est-ce qu'ils n'iraient pas inventer pour satisfaire leurs pulsions les plus étranges. Bientôt on va apprendre qu'ils pratiqueraient la F.E.L.L.A.T.I.O.N. si vous voyez ce que je veux dire.


On peut même admirer un jeune gars qui jongle cul nul avec des bananes dans une fête médiévale. Ils sont comme ça, les gens blasés : prêts à tout pour arracher à la vie une étincelle de plaisir, ils ne respectent même plus la moindre vraisemblance historico-fruitière. C'est la décadence et il y en a pour tous les goûts, enfin surtout pour ceux qui aiment les gros seins. En effet, les auteurs se sont basés sur une étude de marché démontrant que 98% des lecteurs de B.D. ne tolèrent pas une taille inférieure au 95D, et qu'ils ont bien raison (enquête réalisée pour les Éditions Soleil).

Chez la femme, les mamelles sont l'équivalent de la truffe et de la queue pour le chien : ils indiquent l'état de santé et l'humeur du moment. Une poitrine flapie
exprime le découragement ou le désarroi tandis que des seins parfaitement gonflés sont symptomatiques d'une femelle triomphante.

Bernard Werber a complété sa connaissance intuitive de la gent féminine par une étude de terrain dans une prison de gros seins (au passage, j'en profite pour emmerder les armées d'abrutis qui écrivent "la gente" en croyant se donner un air cultivé).

Pour les chercheurs en éthologie de la bonnasse lesbienne qui traineraient justement par hasard sur internet, je signale que ce paradis est situé à Rouen. Petit conseil pratique : il est ridiculement facile de s'échapper par les égouts.

Que dire de plus sinon que, dans la vraie vie, les voitures qui versent dans le fossé n'explosent pas, qu'on ne peut pas tuer quelqu'un en lui jetant un petit caillou sur le nez, qu'un ordinateur qui parle est un fantasme totalement inutile des années 70, que les chats ne comprennent pas réellement le language articulé ? Je n'ai pas envie de m'étendre sur le chat qui vaudrait un article à lui tout seul, ni sur les références "littéraires" lourdement accentuées qui rendent le bazar encore plus prétentieux. Il n'y a rien à dire du scénario, sinon que c'est un amalgame pesant de coïncidences très mal justifiées par un deus ex machina qui sonne creux, alors on va passer tout de suite à la remise des prix.

Bien plus qu'un devoir, c'est un honneur et un plaisir pour moi de remettre à Alain Mounier le prix de la Scène hot la moins excitante de l'histoire de la bande dessinée. Cette distinction ne célèbre pas seulement l'ambiance réfrigérante qui auréole ce trente-cinquenaire hideux très occupé à traire la vache laitière vautrée sur la banquette en skaï de sa Peugeot. Le jury tient également à récompenser la maîtrise de la morphopsychologie au feu de laquelle s'est trempée une magnifique gueule de traître dont le rayonnement inextinguible assure un total non-suspense, bien apaisant par les temps troublés qui sont les nôtres à l'heure actuelle. Monsieur Mounier, merci.

Le prix du Téléphone lâché sous l'influx des hormones est remis à Bernard Werber, qui nous fait le coup deux fois. Alors les filles, soyez sympas, quand Bernard essaye de vous adresser la parole, abandonnez vos portables un instant.

Le prix de la Plus impressionnante série de gros plan sur l'oeil dans un seul album est remporté par Éric Puech. J'aimerais lui adresser mes félicitations à titre personnel puisqu'il a visiblement réalisé lui-même le découpage de la bande dessinée, un travail qui revient normalement au scénariste, surtout si son nom est écrit en grand sur la couverture.


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