Encart publicitaire racé, discret et regorgant de fragrances

Un article de Science Officielle.

Elle avait dit cela en prenant sur son bureau des lunettes à monture noire qu’elle remit sur son nez d’un geste machinal. Gilles Novak songea immédiatement à Nana Mouskouri. Les mêmes yeux, la même grâce, la voix chaude et bien timbrée. Et la délicieuse fragrance "Nocturnes" de Caron.

Sous l’effet d’une violente émotion, sa lèvre inférieure tremblotait ; sa respiration était rapide et la peur se lisait dans son regard. Elle se blottit dans les bras du journaliste avec un petit sanglot pitoyable.
– Voyons, Claude, vous n’allez pas flancher ! murmura-t-il en lui caressant les cheveux et savourant son parfum "Nocturnes".

Un petit tour d'inspection sur Internet nous apprend que Nocturnes est un fleuri aldéhydé qui ravive le mythe des grands parfums éternels. Le bouchon boule capte la lumière et joue avec les reflets.

Bien, bien. Voyons à présent du côté mâle si nous trouvons quelque chose de plus significatif.

Le lendemain matin, tout en se frictionnant avec son eau de toilette "3ème homme", Gilles Novak écoutait son petit récepteur posé sur l’étagère du lavabo.

Selon son habitude et pour gagner du temps, il emporta dans la salle de bains la petite cuve à développement afin d'en tourner de temps à autre la molette centrale pour éliminer les bulles d'air sur la pellicule, geste machinal — et assez cocasse — qu'il accomplissait tout en prenant sa douche, passant alors le bras entre le rideau plastique et la glissière ! Tout cela en écoutant son récepteur à transistors, posé sur l’étagère du lavabo, à côté de son eau de toilette "3ème homme".


Une source généralement bien informée sur Caron nous glisse à propos de ce parfum:

Inspiré du film de Carol REED, il s’adresse à l’homme élégant interprété par Orson WELLES. Avant-gardiste mais très accessible, le 3ème Homme de CARON est le parfum des hommes qui savent cultiver leur curiosité intellectuelle en toute simplicité.

Ha bon, tout s'explique alors : c'est de l'anti-moustique contre la science officielle... Et pourtant, il reste une zone d'ombre dans cette histoire. Une zone d'ombre en forme de point d'interrogation. Un point d'interrogation long de 17 ans. 17 ans qui séparent 1968 de 1985. 1985, l'année de la sécheresse. La sécheresse, un fléau qui inspire la terreur. En effet, c'est en 1968 que Fleuve Noir a édité La terreur invisible, tandis que les parfums Nocturnes et Le 3ème homme ont été créés respectivement en 1981 et 1985.
Le texte aurait donc été remanié lors de la réédition de 1986 pour insérer quatre placards publicitaires, indices émouvants de l'affection qui unit certainement Jimmy Guieu et Gérard Caron, les deux inséparables compères de la fragrance posée sur l'étagère. On peut se demander pourquoi le lecteur de Jimmy Guieu, traditionnellement amateur de soucoupes volantes et de télépathie, a été considéré comme un pigeon suffisamment influençable pour céder à ce genre de pressions publicitaires. Et bien, comme tout investigateur en manque d'inspiration, interrogeons un témoin digne de confiance de foi. Monsieur Jean-Marc M. est professeur de biologie. Il porte des pulls en humus, ne consomme aucun stupéfiant et ne boit pas d'alcool sinon un verre de vin de temps à autre, mais qui n'en ferait autant ? Son témoignage est précieux car il émane d'un adulte stable et équilibré, n'ayant rien en commun avec ces individus que l'on fustige communément sous l'appellation de "mauvais farceurs".
Après un temps de réflexion parfaitement adapté, il nous déclare : "Thomas Mann en aurait fait autant", et sa tranquille assurance suffit à nous convaincre.

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