Da Vinci code
Un article de Science Officielle.
Dan Brown
JC Lattès (2004)
| En se penchant pour appuyer sur le bouton de l’interphone, Langdon huma l’élégant parfum de la jeune femme et il se rendit compte qu’il la touchait presque. |
| Amusez-vous à calculer la densité de Da Vinci code et gagnez la somme de 0,56 isopséphie. |
Attention, ce livre est un MONUMENT de la littérature ! Il y en a pour 700 grammes ! Selon certaines études indépendantes, s'il était lâché en chute libre d'une hauteur de 2 mètres, son énergie potentielle de 13,7 Joules lui permettrait de BRISER LA COLONNE VERTÉBRALE d'une gerbille. Ce bouquin tue des gerbilles, OK !?
D'ailleurs, en Anglais, "Dan Brown" signifie quelque chose comme "ceinture marron de judo", ce qui est somme toute assez balaise, mais un peu moins que Dan Black, évidemment.
Mise à jour d'ordre éthique puisque j'ai fini par lire Da Vinci code à la suite d'une bonne fortune que bien des gens refuseront de croire, même dans cette fraction de la population qui a l'habitude de rencontrer deux ou trois astronefs extraterrestres par an. En fait, j'ai simplement trouvé ce livre dans le local à poubelles de mon immeuble, en compagnie de quelques chaises de cuisine et de plusieurs ouvrages prestigieux bien vite recyclés dans ma bibliothèque :
- Jet Set, mémoire d’un play-boy international, autobiographie de Massimo Gargia,
- C’est beau une ville la nuit de Richard Bohringer,
- Quelques messages personnels de Pierre Clémenti,
- Partouz de Yann Moix,
- Isabelle d’Este de Ian Lauts, dont la couverture est en cuir et placage de bois,
- La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand.
L'aventure se présentait donc sous les meilleurs auspices. Elle se poursuivit par de larges extraits du Manuel de description des personnages sans se fatiguer.
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Il avait pris un sacré coup de vieux depuis l’année dernière, mais il n’aimait pas qu’un miroir le lui rappelle. Un regard bleu éteint, des joues mal rasées, des tempes où se glissaient des cheveux gris, des épaules tombantes. Ses collègues féminines avaient beau lui répéter que ses tempes poivre et sel augmentaient encore son charme intello, Langdon savait à quoi s’en tenir. Le commissaire Bézu Fache avançait comme un taureau furieux dans l’arène, les épaules rejetées en arrière, le menton plaqué contre la poitrine. Ses cheveux noirs, luisants de gel, plantés en V sur le front, évoquaient la proue d’un navire. Son regard sombre et perçant, à la sévérité implacable, semblait tout brûler sur son passage. Une jeune femme s’avancaient vers eux d’un pas souple et assuré. Elle portait un long chandail irlandais beige à grosses côtes sur un caleçon noir qui galbait ses jambes élancées. Son épaisse chevelure auburn tombait naturellement sur ses épaules, encadrant un visage rond et harmonieux, éclairé d’un large sourire. À l’opposé des blondes sophistiquées et stéréotypées qui faisaient fantasmer les étudiants de Langdon, elle incarnait une beauté naturelle et authentique, rayonnant d’aisance et d’énergie. |
Je dois l'avouer, pendant quelques lignes j'ai eu peur que l'héroïne ne soit dotée d'un regard quelconque, de couleur banale. Par bonheur, l'auteur nous apprend rapidement qu' « Elle avait des yeux vert olive, un regard vif et perçant. » Dès l'introduction, cette maîtrise diabolique du suspense promet un thriller trépidant... Mais il serait dommage de s'arrêter au niveau de la narration. En effet, cette oeuvre majeure porte la littérature à des sommets encore inconnus car elle comporte très exactement une infinité de niveaux de lecture. Grâce à l'effroyable intelligence qui lui vaut le titre de Maître de la Subtilité, l’auteur a semé dans le texte des indices autobiographiques aussi symboliques que redoutables. D’après le fameux Manuscrit Codé en Morse de l’Abbaye de Pipo, ce procédé aurait tiré trois larmes au chef secret de la Secte des Cœurs de Pierre, les seules qui coulèrent de ses yeux au cours de toute une vie d'austérité. Le précieux fruit des glandes lacrymales les plus parcimonieuses de l'Histoire aurait été recueilli dans une fiole de cristal par une jeune femme dont la tunique de lin irlandais galbait les jambes élancées. Un micro habilement dissimulé dans le bureau d'un mec au courant nous apprend que la fiole serait actuellement conservée à l'intérieur du Mont Ararat, dans un reliquaire vraiment bien caché derrière une tenture mystérieuse.
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Il s’était enfui. Les rues de Marseille n’étaient guère hospitalières. Redouté des autres petits miséreux comme lui, il vécut tout seul, caché dans le sous-sol d’un entrepôt désaffecté, se nourissant de fruits volés et de poissons crus ramassés sur le port. Sa seule distraction lui venait des journaux qu’il ramassait dans les poubelles et dans lesquelles il finit par apprendre à lire. |
Ainsi, à travers l’histoire de Silas, l’auteur nous dévoile avec une pudeur touchante la manière dont il a appris à écrire, à l’aide de vieux Cosmopolitan abandonnés dans les ordures. Au fait, cons de lecteurs, vous noterez que la double occurence du motif de la poubelle dans cet article ne saurait être fortuite. Derrière tout ça, on peut discerner le filigrane d'un message codé dû à une organisation suffisamment puissante pour déposer ce livre près de ma benne à ordures. Dans la poubelle de ma cuisine, c'était pas possible parce que l'appartement se verrouille dès qu'on ferme la porte, du coup c'est galère pour rentrer discrètement... Quoi qu'il en soit, Dan Brown a retiré de son initiation culturelle le goût des fines allusions artistiques :
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Langdon fut surpris de constater à quel point la douceur de ses traits constrastait avec son expression ferme et décidée. Ses yeux brillaient d’un vif éclat qui lui rappelait certains portraits de Renoir, ce flou dans un regard pourtant si net, ce mélange d’audace et de mystère… Elle n’était pas plus avancée qu’au début sur cette vérité que son grand-père voulait lui révéler. Elle regrettait qu’il ait évoqué sa famille au téléphone. Il n’avait fait que rouvrir des plaies qu’elle croyait cicatrisées. Ils sont morts, Sophie, ils ne reviendront pas. Elle se remémora sa mère qui lui chantait des berceuses pour l’endormir, son père qui l’asseyait sur ses épaules en promenade, leur sourire et leurs ardents yeux verts. Tout cela lui avait été volé. Il ne lui était resté que son grand-père. |
Bon, on va s'arrêter là. Sachez simplement que ce roman comporte une cheminée dans laquelle on aurait pu faire rôtir un bœuf entier, une héroïne muette d’impuissance et au moins une phrase vraiment très intéressante qui commence par « Vous savez aussi bien que moi, Robert ». On apprend aussi une manière pratique de détourner un avion charter en soudoyant le pilote avec une bague d’améthyste, parmi une foule d'informations crédibles et documentées.
| Personne n’a jamais encore étudié la légende du Graal sous l’angle symbolique. (p. 203) |

