Comment se faire des amis
Un article de Science Officielle.
Dale Carnegie, traduit de l'américain par Denise Geneix
Hachette, Le livre de poche encyclopédique n°508 (1971)
1er dépôt 4ème trimestre 1956
| Les règles que nous avons énoncées ici ne sont pas simplement des théories, des suppositions. Elles produisent des résultats immédiats. Elles sont magiques. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai vu de nombreuses existences complètement révolutionnées par leur application. |
Non, Comment se faire des amis pour réussir dans la vie n’est pas un tissu de belles promesses. Ce sont surtout des phrases avec des chiffres, des chiffres qui prouvent.
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Les études et recherches effectuées il y a quelques années sous les auspices de la fondation Carnegie ont révélé un fait extrêmement important et significatif : même dans les professions purement scientifiques comme celles d’ingénieur, par exemple, la réussite est due pour 15 p. 100 environ aux connaissances techniques, et pour 85 p. 100 à la personnalité, au charme, à la faculté de susciter l’enthousiasme chez les autres. Les circulaires que Mr. Dyke avait coutume d’adresser à ses clients revendeurs pour leur demander des renseignements ne ramenaient guère que 5 ou 8 p. 100 de réponses. Aussi, considérait-il comme extraordinaire un rendement de 15 p. 100 et comme proprement miraculeux une proportion de 20 p. 100. Pourtant, l’un des lettres de Mr. Ken Dyke, insérée plus loin, a rapporté 42 p. 100 de réponses. Autrement dit, deux fois plus qu’un miracle ! Ce sont là des preuves qu’on ne peut nier d’un haussement d’épaules. Au temps où Théodore Roosevelt était président des Etats-Unis, il confessait qu’il ne pouvait être sûr de son jugement plus de soixante-quinze fois sur cent : telle était la limite extrême de ses possibilités. |
Les conseils de Dale Carnegie ne s’appuient pas seulement sur des résultats scientifiques mais aussi sur l’exemple d’autorités morales et philosophiques qu’on ne peut nier d’un haussement d’épaules, comme le disait un écrivain qui devint en un temps record le romancier le plus célèbre du XXème siècle.
| McKinley ne voulait pas blesser cet homme, ni étouffer son splendide enthousiasme. Pourtant, il fallait dire "non". Observez comme il s’y prit adroitement pour y parvenir. "Mon ami, s’écria-t-il, votre discours est superbe ; il est remarquable ; personne n’aurait pu faire mieux. En bien des circonstances, c’est exactement un discours comme celui-ci qu’il nous eût fallu. Mais, dans le cas présent, convient-il vraiment ? Tout raisonnable et mesuré qu’il paraisse, nous devons prévoir l’effet qu’il aura sur notre parti. Rentrez chez vous et écrivez-moi un autre speech suivant les indications que je vous donnerai, puis vous m’en enverrez une copie." […] Alors, écoutez les sages paroles du professeur William James, de Harvard, qui fut peut-être le plus grand psychologue que l’Amérique ait produit : Après avoir passé onze ans à la "Cour des rapports domestiques à New York" et étudié des milliers de cas d’abandon du domicile conjugal, l’avocate Bessie Hamburger déclare que les hommes s’enfuient principalement parce qu’ils sont las des querelles de leurs épouses. Comme le disait un écrivain : "C’est à coups de griffes que bien des femmes creusent le tombeau de leur bonheur conjugal". |
C'est moins facile qu'on le croit d'écrire des guides de vie. Il ne suffit pas d’impressionner le lectorat avec des pourcentages approximatifs et la caution du plus grand psychologue texan de l'univers. Il faut aussi gagner le cœur des gens en produisant un peu de réconfortante sagesse populaire.
| Au temps où la mode du jeûne faisait fureur, je la suivis, moi aussi, une fois ; cela dura six jours et six nuits. Ce n’était nullement pénible. Au bout du sixième jour, j’étais moins affamé qu’à la fin du deuxième. Or, combien de gens se croiraient criminels s’ils laissaient six jours sans nourriture leur famille ou leurs serviteurs ? Pourtant, ces mêmes gens n’éprouvent aucun remord à refuser à leur entourage – pendant six jours, six semaines et même soixante ans – les éloges et encouragements qui leurs sont indispensables pour satisfaire un besoin presque aussi impérieux que la faim !
Avant même d’examiner mes amygdales, cet homme voulu savoir quelle profession j’exerçais… Ce n’était pas mon mal qui l’intéressait, mais l’importance de mon portefeuille. Ce qui l’intéressait avant tout, ce n’était pas de m’aider, mais de tirer de moi le maximum de bénéfices. En définitive, il n’obtint rien du tout. Je le quittai, écoeuré de sa cupidité. Les Chinois sont pleins de sagesse. Ils ont un proverbe que nous devrions inscrire dans la coiffe de nos chapeaux. Le voici : "L’homme qui ne sait pas sourire ne doit pas ouvrir une échoppe." La vie est courte. Il y a mieux à faire que d’ennuyer ceux qui nous entourent avec le récit de nos qualités et nos triomphes. Laissons plutôt parler les autres. Au fait, en y réfléchissant bien, nous n’avons point de quoi être si fiers. Savez-vous ce qui nous sépare de l’imbécillité ? Peu de chose. Une faible quantité d’iode dans notre glande thyroïde. Si un médecin ouvrait cette glande et retirait l’iode qu’elle contient, vous deviendriez un minus habens. Quelques gouttes d’iodes comme on en trouve chez tous les pharmaciens, voilà ce qui vous empêche d’habiter chez les "petits mentaux" ! Quelques gouttes d’iodes ! Vraiment il n’y a pas de quoi se vanter ! "La courtoisie, disait un écrivain, est cette qualité qui nous pousse à détourner les yeux de la grille en ruine pour les porter plus loin, sur les fleurs du jardin." |
Et surtout, quand vous aurez acquis les pouvoirs magiques dispensés par la fondation Carnegie, n'oubliez pas de les mettre au service du Bien.
| Le docteur B… était président de l’ "Association des Bons Citoyens et Bons Chrétiens de Boston". Aidé de ses collaborateurs, il avait tout essayé, hélas ! sans résultat ; la lutte contre les criminels semblait sans espoir. Et puis, une nuit, le docteur B… eut une idée. Il pensa à une moyen auquel personne n’avait songé : la douceur, la cordialité, l’éloge. |
Mais au fait, comment se faire des amis ?
| Voici des années que je note soigneusement sur un carnet les anniversaires de mes amis. Comment je m’y prends pour les découvrir ? C’est très simple. Bien que je n’aie pas la moindre foi en l’astrologie, je commence par demander à mon ami s’il croit que la date de naissance a un rapport avec le caractère et la destinée. Je m’enquiers ensiute du mois et du jour de sa naissance. S’il répond : le 24 novembre, par exemple, j’enregistre et je répète mentalement : 24 novembre... 24 novembre... Dès qu’il a le dos tourné, j’inscris sur un papier son nom et cette date, et, un peu plus tard, je transfère ces indications sur mon carnet. Au début de l’année, je porte chaque anniversaire sur la page correspondante de mon bloc-calendrier, de façon que, le moment venu, il soit automatiquement rappelé à mon attention. Le grand jour arrivé, j’expédie ma lettre ou mon télégramme de félicitations... Quelle surprise ! Quel succès ! Bien souvent je suis le seul à m’être souvenu de l’anniversaire. |
Dès 1956 tout était dit... Il faut rendre honneur à Dale Carnegie, un précurseur de ce merveilleux courant de pensée dont l'expression la plus achevée est le blog. Si nous n'avions pas profité de la voie tracée par ce genre de pionniers, peut-être le secret du bonheur serait-il encore inconnu aujourd'hui ? Exporter l'autocomplaisance, accepter l'indigence de pensée des autres avec la même bonne grâce que l’on met à supporter sa propre nullité, c'est le message simple et beau qui nous est transmis. Voilà l'authentique tolérance et la vraie compréhension du prochain, oui ce prochain-là, l'obèse qui est victime d'une maladie aussi génétique que l'alcoolisme, et puis la fille sincère qui se sent agressée par toute manifestation de la logique, et aussi le fan de Damien Saez qui réclame le respect en écriture SMS. Est-ce qu'il ne serait pas un tout petit peu mesquin de lui reprocher son mauvais usage des connecteurs logiques, au prochain, puisque c'est une simple question d'iode, hein dites-moi, vous dont la réputation de sagesse et de perspicacité est bien établie sur tous les continents, vous pensez comme moi hein, surtout si j'utilise la douceur, la cordialité, l’éloge... non ?
Finalement je ne vois qu'un petit détail qui pourrait rehausser encore la perfection de cet ouvrage remarquable, juste une petite précision dans le titre : "Comment se faire les amis qu'on mérite".
