Chroniques des temps à venir

Un article de Science Officielle.

Jean-Louis Le May, Le verbe et la pensée

Un moyen reposant de faire de la SF, c’est de décrire un monde qui s’est stabilisé après la chute d’une civilisation technologique : il suffit alors tout bonnement de copier le passé, disons juste avant la révolution industrielle. Comme ce procédé risquerait de spolier le lectorat de sa dose de vocabulaire ridicule, Jean-Louis Le May, qui pense à tout, a situé l’action et le vocabulaire des ses personnages dans le sud de la France où les chourrous et les pélandrouns remplacent les vortexotrons et les plastoblocs-notes.

Or donc, après l’écroulement de la civilisation des consoms (notez la subtile dénonciation), un petit village provençal vivant de chasse et de culture voit émerger au sein de sa population une race d’enfants mutants qui disposent non seulement de magnifiques yeux bleus mais aussi de pouvoirs supranormaux comme la télépathie. Les villageois se divisent alors en méchants, qui préconisent d’éradiquer ces manifestations d’un bond évolutionniste assez étonnant (ils sont probablement gradualistes), et en gentils qui veulent protéger les enfants, comme le font généralement les gentils. Mais le message de l’auteur va plus loin puisqu’il nous montre que le paramètre majeur qui détermine l’appartenance de chaque individu au groupe des méchants ou des gentils est son activité sexuelle.

– Moi, je dis que tu déconnes un peu trop. Tu ne peux savoir comme j’ai horreur des fouille-merde et des pisse-fiel qui t’entourent. Un de ces jours, je vais t’en clouer un sur la porte du Temple à titre d’avertissement. Parce que moi, je voudrais que tous les hommes ils montent sur toutes les femmes à longueur de journée et je voudrais mêmement que les femmes qui trouvent ça bon en redemandent. Parce qu’alors, tous les enfants, ils naîtraient dans le linge blanc, comme lorsque les parents sont amoureux et heureux de faire ensemble ce pour quoi ils se sont mariés. Mais ça, un clerc sans couilles ne peut pas le comprendre.

– Je suis d’accord, Gastoun, que j’en ai l’estomac tout retourné, malgré cette anisada qu’elle est la meilleure que je connaisse. Bon. Tu ne t’inquiètes plus pour moi. Je connais beaucoup de femmes et de filles. Je crois que presque toutes elles seront de notre côté, bien qu’elles aient peur des bavants et des drôles. Les vieilles, les plus aigries, elles seront probablement de l’autre. Elles ne se demanderont pas comment des petits peuvent influer sur la pluie ou l’orage. Elles suivront les condamnations prononcées par le Temple. Simple réaction de pauvres cons qui ne peuvent plus rien espérer de la vie et qui sont finalement heureux d’emmerder ceux qui resteront sur les terrasses à faire l’amour quand ils seront depuis longtemps sous les cailloux du cimetière, eux.

À la page 80, le cardinal du village prouve qu'il est vraiment un mec bien en inventant l'orgasme féminin.



Jean-Louis Le May, La révolte des boudragues

– Pas de larmes, hé ! conne ! Vois la réalité en face. Je suis la femme du clerc et il n’a jamais eu idée de ce que je pouvais apprendre en l’écoutant conseiller les amies venues au Temple pour entendre la bonne parole. Il est un chaud compagnon et je t’assure que je me moque bien que tu te fasses faire des enfants par-devant et des fantaisies par-derrière par qui tu veux, y compris Brancaï. J’en suis plutôt fière. J’en fais autant et j’aime ça. Faut que nous en profition aussi, nous, les femmes, si nous voulons plaire aux hommes. Tu vois, Claroun, c’est le secret essentiel du bonheur à deux. Être plus souvent trois ou quatre. Une femme et un homme qui ne baisent qu’ensemble ne peuvent faire que des petits vieux rancis qui se reconnaissent à l’odeur. Il faut la nouveauté, la découverte, la comparaison, l’émotion et un petit grain de peur. Tu es bien d’accord, Clara ?
Ça vous donne un sentiment de déjà-vu ? Normal, c'est ce qu'on appelle la marque de fabrique d'un auteur. L'histoire est strictement identique à celle qui nous est exposée dans Le verbe et la pensée, avec cette particularité supplémentaire que le village est menacé par une bande de pillards. Ils seront finalement repoussés grâce aux mutants et aux gens courageux, qui sont également ceux qui baisent. La civilisation sera donc sauvée et aura désormais tout loisir de parfaire ses unités de calcul.

– Je n’ai pas encore d’idée mais je sens que ça vient. – Bon. Alors on attends… Comme je le suggérais. Mais pas trop quand même, parce qu’une lune moins une main de jours ce n’est pas très long.


Fina a deux mains et un peu plus de deux doigts d’an.

À la page 124, le cardinal montre qu'il a la langue mieux déliée que Gustave Flaubert en prononçant cette expression "je te fais la tête comme une nèfle blette".

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