C'est beau une ville la nuit
Un article de Science Officielle.
Richard Bohringer
Folio (1989)
© Éditions Denoël (1988)
| La môme regarde son tas et me balance un sourire d’Indien. Un sourire millénaire. Un sourire qui vient de si loin, qu’une seconde je décroche de la terre. Je quitte le sol. |
| Le Père de tous les bloggueurs ! Avec ses phrases courtes, courtes comme un éclair dans la nuit. Dans ces boyaux sombres dont on ne parle pas. C’est pour l’emphase, tu comprends ? Les mots. Un. Par. Un. Chacun sa vie propre, comme nous, comme les humains, les chiens humains. Avec leur nostalgie, leur nostalgie de l’avant, des espaces rieurs de l’avant. Quand tout était simple, tellement plus simple et dans une brume dorée.
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Et les femmes, si je les connais, les femmes ! Les femmes qui nous sauvent. Et nous perdent à la fois. Avec leur trop plein d'âme qui déborde par les yeux, par le cul, par où ça peut ! Les femmes sous toutes leurs formes avec toujours ce fond commun qui fait leur mystère !
| Elle est divinement simple. Juste un peu sophistiquée. Naturellement. Sans le travailler.
[...] Chaque instant elle me crucifiait avec le bleu faïence de ses yeux. La féminité, c’est ce qui rend les jolies femmes intelligentes et les moins belles attirantes. La grâce quoi ! pomme à l’eau ! Elles palpitent comme des coursives de bateau. Dès que je parle de cette nana j’ai des lampions dans la tête ! Il y a des fois ça pète. Ça pète fort, même ! |
À part ça, je connais des théories sur la vie, mais attention hein, faudrait pas voir à me prendre pour un rond-de-cuir, pour un technocrate comme ils disent. Non monsieur, je ne me réduis pas à un théoricien de la vie, je suis un praticien avant tout. Ce que je dis, je l'ai vu. Je l'ai vécu, avec ma gueule, avec mon sang, avec mes tripes. Et tout le reste, toute la carcasse !
| Je suis un chieur en rond. Un emmerdeur qui cache sa crotte. Comme s’il était le seul à chier. Quand j’étais petit je pensais qu’on arrêtait de chier quand on devenait beau. Je croyais qu’on ne chiait que lorsqu’on était vilain. Ah ! si je ne chiais pas, c’est sûr je serais le meilleur des hommes. Mais cette putain de merde au cul ! Je finirais par un coup de fusil, comme ça, sans prévenir, au fond des bois.
Vieille nostalgie. Les femmes. Il les aimait toutes avec une égale passion. Il avait des enfants. Pas un garçon que des filles ! Il me disait en se marrant. Faut faire des filles, que des filles. Parce qu’elles feront l’amour avec des garçons qui leur feront des filles jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des filles et toi et moi. |
Bon, faut que j'y aille maintenant, c'est sûr. Je peux pas me tromper, c'est à cause de la mare, dans le parc. Ça fait des vibrations.
| Les lacs m’ont toujours inspiré de sourdes décisions. Les lacs avec la montagne derrière. La montagne grande qui ne peut se tromper. |
Allez, j'y vais. J'encadre l'atelier théâtre du lycée, j'ai dépassé mon heure de retard habituelle mais si seulement ils pouvaient comprendre ces gosses, ces gosses d'amour et de rêve, que la vie, c'est ça qui compte, la vie.
