A tribute to Walter Farley

Un article de Science Officielle.

   Le cheval noir galopait vraiment très vite mais le cheval orange restait à sa hauteur. Leurs robes commençaient à se couvrir d’écume, bien qu’aucun des deux ne donnât signe de faiblesse. Leurs sabots frappaient le sol sur un rythme endiablé, entraînés dans une course folle qui semblait ne jamais devoir finir. L’alezan avait l’avantage de connaître le terrain. Cette île perdue sur laquelle il avait toujours vécu n’avait aucun secret pour lui. De son côté, l’étalon noir avait la ténacité presque suicidaire de sa race. Chacun des deux bandait ses muscles et sa volonté, comme s’ils savaient courir la course de leur vie, sur cette terre isolée, sans autre témoin que Mitch. Depuis un surplomb de falaise, le jeune garçon regardait de tous ses yeux ce spectacle unique, l’affrontement de ces deux étalons extraordinaires dont aucun n’avait encore connu la défaite. À une vitesse jamais observée sur un terrain de course, ils avaient déjà traversé la moitié de la plaine lorsque, dans un effort suréquin, l’alezan parvint à dépasser l’étalon noir de la longueur d’une encolure. Alors qu’il paraissait impossible qu’il accélérât encore le rythme, le cheval noir fit appel à une réserve d’énergie insoupçonnée et rattrapa centimètre par centimètre la flamme tourbillonnante qu’était la crinière de son adversaire. Brusquement, une détonation se fit entendre. Mitch sursauta. Sa première pensée fut que, sous l’intensité de l’effort, les poumons des chevaux avaient explosé. Il n’en était rien, et les deux bêtes poursuivaient leur course éperdue en dehors de laquelle rien n’existait plus. La lumière se fit alors dans l’esprit de Mitch : les chevaux venaient de passer le mur du son, ce qui avait provoqué le bang sonique caractéristique de ce phénomène.

   Cependant, la haute falaise qui délimitait le centre de l’île se rapprochait dangereusement et aucun des deux adversaires ne ralentissait. Si les deux étalons maintenaient leur vitesse, le choc avec la muraille rocheuse serait mortel ! Et pourtant, ils semblaient vouloir encore accélérer, aucun des deux n’acceptant de céder le pas, même devant le danger à présent imminent. Leurs robes étaient tellement couvertes de transpiration que Mitch pouvait à peine en distinguer la couleur. L’étalon noir tremblait sous l’effort, son cœur battait comme des coups de tonnerre et son sang était comme une rivière de feu. À ses côtés, l’alezan faisait appel à tout son courage, ses jambes étaient comme des pistons qu’il ne sentait plus et ses naseaux semblaient devoir se déchirer sous la violence de son souffle. Ils continuaient à se diriger sans dévier vers le mur de calcaire qui se dressait à quelques mètres devant eux. Mitch ne voulait pour rien au monde assister au spectacle de ces créatures si fières et splendides se fracassant contre la paroi rocheuse. Pourtant, il ne pouvait détourner le regard. Se livrant à un effort frénétique qui épuisait leurs dernières ressources, l’étalon noir et l’alezan franchirent les dernières foulées qui les séparaient encore du point d’impact… Mais soudain, à l’endroit précis où les chevaux auraient du heurter la masse granitique, un éclair aveuglant déchira la plaine. Mitch dut fermer les paupières sous la force de l’éclat et, quand il les rouvrit, les deux adversaires avaient disparu. Il n’y avait pas de trace d’eux dans toute la plaine, comme s’ils avaient été happés par la galaxie. Mitch pensa d’abord qu’ils s’étaient volatilisés sous la chaleur de l’impact, mais la roche ne montrait aucune trace de vitrification. Il comprit alors que les valeureux étalons avaient réussi à créer une singularité physique en dépassant la vitesse de la lumière. Ils avaient localement déchiré la structure même de l’espace-temps et poursuivaient à présent leur course pour toujours dans un univers parallèle.

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