À l'instar d'un canard
Un article de Science Officielle.
À la surface huileuse du canal, un canard isolé pataugeait en zone si peu profonde que les moindres variations du niveau de l'eau, déterminées par les vaguelettes que provoquent les perpétuels mouvements agitant un port de plaisance, le forçaient à chaque instant à poser les pattes sur les pavés de la jetée lorsque le creux d'une ondulation l'atteignait, puis à les ramasser sous son ventre plumeux lorsque se présentait la crête. Visiblement frappé de stupeur par l'environnement en tout point différent du lac urbain qui abritait ses errances habituelles, le pusillanime volatil n'osait diriger ses flottements vers une eau plus profonde où il se serait pourtant trouvé moins incommodé. Claude, depuis que des vicissitudes professionnelles avaient exigé son exil de Paris vers Caen, se sentait, comme cet anatidé perdu au royaume des mouettes, ballotté par des houles contradictoires à l'influence desquelles il était d'autant moins capable de se soutraire qu'il ne se sentait pas la force de prendre sur sa situation le recul exigé par la simple lucidité.
